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Pourquoi et comment créer une classe développement durable ?

Cycle 3 à Lycée4 min
Juliette GourmelonVirginie Caillault
2 contributeurs

"Et nous, comment on peut agir pour la planète ?” 


C'est une question fréquemment posée par nos élèves lorsque nous étudions le changement climatique et ses impacts. 

Nous nous sommes rendu compte que, malgré nos séances et le contenu poussé sur la thématique du développement durable, les élèves avaient besoin de donner du sens à leurs apprentissages

… Et finalement, mettre nos élèves réellement en action, sur des situations concrètes, était la meilleure façon pour ancrer les savoirs disciplinaires. 

Créer une classe “spéciale” développement durable, ce n'est pas simplement multiplier les actions en faveur de l'environnement. C'est construire un véritable fil rouge qui relie les disciplines, en particulier, pour notre cas, la géographie et les SVT, autour d'objectifs communs. 

Les élèves deviennent acteurs de projets ancrés dans leur quotidien, découvrent les grands enjeux environnementaux à travers des réalisations concrètes et comprennent que les connaissances acquises en classe peuvent avoir un impact réel.

Quelle classe choisir pour ce type de projet ?

L’essentiel n’est pas de trouver la classe parfaite, mais un groupe avec lequel il sera possible de construire des projets dans la durée.

Toutes les deux, nous avons fait le choix de nous concentrer sur une seule classe de 6e pour lancer notre projet de classe développement durable. Ce choix n’est pas anodin : il répond à des contraintes d’organisation, mais aussi à des objectifs pédagogiques et éducatifs très clairs.

Quelques éléments qui peuvent vous aider dans votre choix :

  • Tout d’abord, il s’agit d’une classe que nous avons en commun. Cela facilite énormément la coordination du projet et permet d’assurer une vraie continuité dans les actions menées. Chaque année, sur notre fiche de vœux, nous demandons à la direction de partager une classe de 6e en commun

 

  • De plus, Virginie étant professeure principale de cette classe, nous pouvons utiliser l’heure de vie de classe comme un temps dédié supplémentaire, en dehors de nos heures de cours. Cela offre un temps précieux pour mener des projets, suivre les actions des élèves ou encore préparer des événements collectifs.

 

  • Le choix du niveau 6e est également réfléchi : les 6e sont souvent très enthousiastes, curieux et réceptifs aux projets. Ils s’investissent dans des activités de classe et adhèrent rapidement à des dynamiques collectives. Par ailleurs, les programmes de SVT et d’histoire-géographie-EMC se prêtent bien aux thématiques du développement durable (alimentation, environnement, paysages, santé, réchauffement climatique, ressources, éco-citoyenneté).

 

  • Nous avons fait le choix de ne pas proposer cette classe sous forme d’option avec inscription. Dans certains établissements, notamment en éducation prioritaire, on observe que les options attirent souvent une majorité d’élèves en réussite scolaire. Or, notre objectif est tout autre : nous voulons une véritable hétérogénéité, où tous les élèves peuvent s’engager, progresser et trouver leur place. 

 

  • C’est pourquoi ce projet s’inscrit dans une classe ordinaire : pour toucher l’ensemble des profils d’élèves. Bien sûr, ce type de fonctionnement dépend fortement du type d’établissement, de l’organisation pédagogique et des possibilités de co-intervention. Il peut donc être adapté selon les réalités locales, mais l’idée centrale reste la même : faire du développement durable un projet de classe pour tous, et non une filière à part.

 

Comment présenter la classe aux élèves et aux familles ?

Lors des débuts de la classe développement durable, nous avions pris l’habitude de présenter rapidement le projet aux élèves, sans réellement créer un temps spécifique pour l’ancrer dans leur quotidien. 

L’intention était là, mais la mise en œuvre restait trop légère. Très vite, nous avons constaté un effet inattendu : les élèves, mais aussi les familles, avaient tendance à oublier la dimension “classe développement durable”. Nous avons donc décidé de créer un véritable temps de lancement, structuré et identifiable.

Dès la pré-rentrée, Virginie présente aux élèves la particularité de leur classe…

Ce temps de lancement est pensé comme un véritable point de départ du projet. L’objectif est de donner immédiatement du sens à cette classe. Les élèves sont rapidement invités à se positionner comme acteurs du projet. 

Virginie fait un premier point avec eux sur leurs connaissances en lien avec l’environnement, la santé et les écogestes du quotidien. Pour dynamiser cette entrée en matière, un Kahoot est proposé : il permet à la fois d’évaluer les représentations initiales et d’engager les élèves de manière ludique.

3 idées d'activités pour présenter la classe aux élèves

  • Leur demander : « À quoi ressemblerait, selon vous, un collège exemplaire en matière de développement durable ?" Les laisser exprimer librement leurs idées, et faire émerger leurs représentations et envies.
  • Inviter les élèves à réfléchir à leur propre pouvoir d’action : "Qu’aimeriez-vous changer dans notre collège cette année ? " Leurs réponses constitueront une excellente base pour construire les premiers projets.
  • Construire ensemble l’identité de la classe : choisir un nom, un blason, une devise ou un slogan qui accompagnera le groupe tout au long de l’année. Cette identité commune renforcera le sentiment d’appartenance et l’engagement des élèves.

Ce moment est essentiel : dès le départ, la classe est inscrite dans une dynamique collective, où les élèves comprennent qu’ils ont un rôle particulier dans le collège. Cette prise de conscience rapide favorise leur implication et permet de lancer plus facilement les premiers projets/actions.

Lors de la réunion parents-profs, la classe est présentée aux familles

L’objectif est double : expliquer le fonctionnement du projet et surtout associer les parents à la démarche. En valorisant les actions prévues et les objectifs de la classe, on cherche à créer une continuité entre le collège et la maison.

Cette implication des familles est un levier important : elle donne une légitimité supplémentaire au projet, renforce la motivation des élèves et permet d’ancrer durablement les habitudes et les engagements pris en classe. Les familles deviennent ainsi de véritables partenaires du projet.

que dire lors de la réunion sur le projet de classe ?

  • Présenter le thème de la classe : il est important de donner du sens au thème de la classe, expliquer aux familles pourquoi ce choix de thématique pour cette classe.
  • Présenter les objectifs pédagogiques : mettre en avant les compétences et CPS travaillées.
    • Montrer les effets recherchés sur les apprentissages, la motivation et le climat de classe.
    • Insister sur la cohérence entre les actions menées au collège et celles qui peuvent être prolongées à la maison. 
    • Montrer les liens avec les programmes scolaires afin de souligner que le projet s'intègre pleinement aux apprentissages.
  • Parler des temps forts de l’année : sorties, défis, rencontres. Donner une vision globale de l’année mais sans trop rentrer dans les détails car le projet évoluera au fil de l’année.
  • Mettre en avant le rôle des élèves : expliquer les responsabilités qui leurs seront confiées et la place accordée de leurs actions au sein de l’établissement.
  • Montrer aux parents comment ils pourront suivre le projet (ENT, blog). Présenter des exemples d’actions/ de moments où ils pourront intervenir/participer, les inviter à partager leurs idées ou encore les ressources qu’ils pourront mettre à disposition pour la classe.

Comment créer une programmation annuelle ?

Lorsque plusieurs enseignants travaillent ensemble sur une même classe et un objectif commun, la première question n’est pas seulement de savoir quoi faire, mais surtout qui fait quoi, quand et comment.

Cette organisation est essentielle pour éviter la dispersion et garantir une véritable cohérence entre les actions menées dans les différentes disciplines et les temps attribués au projet. La programmation joue alors un rôle central : elle permet de coordonner les interventions, d’articuler les contenus et de donner du sens à l’ensemble.

Concrètement, en début d’année, il est important de se réunir entre enseignants impliqués dans le projet pour construire ce cadre commun

les points à définir ensemble

  • Les objectifs du projet : qu’attend-t-on des élèves en termes de connaissances, de compétences et d’engagement citoyen ?
  • L’intégration dans les disciplines : comment chaque matière va-t-elle travailler les thématiques choisies ?
  • L’organisation des temps de travail : quelles séquences en classe, quelles interventions croisées, quelles possibilités de co-intervention ?
  • Les actions concrètes à mener : quels projets, quels défis, quelles sorties ou partenariats seront mis en place au fil de l’année ?
  • Prévoir des temps de bilan : qu'avons-nous réalisé ? Qu'est-ce qui fonctionne bien ? Que devons-nous ajuster ? 

NB : la programmation n'est pas figée : elle constitue un fil conducteur qui pourra évoluer au fil des opportunités rencontrées (concours, partenariats, sorties, projets proposés par les élèves).

je passe à l'action

  • Lister toutes ses idées : sorties, potager, concours, collecte, sensibilisation, rencontres, défis…
  • Les replacer dans l'année scolaire et associer chaque idée à un chapitre de sa progression, à une période de l'année ou à un événement (semaine du développement durable, Journée de la Terre, Fête de la science). 
  • Choisir seulement quelques priorités. Il est souvent plus efficace de mener trois ou quatre projets aboutis que de multiplier les actions sans pouvoir les suivre jusqu'au bout. Construisez une programmation réaliste, que vous pourrez enrichir progressivement au fil de l'année.
  •  Construire un parcours d’élève :  comment vont-ils progressivement comprendre les enjeux, développer leurs compétences et prendre confiance dans leur capacité à agir ? Penser à une progression qui permet de passer par toutes les étapes de l’apprentissage : 
    • découverte -> compréhension des enjeux -> expérimentation (passage à l’action) -> valorisation des travaux des élèves -> sensibilisation/prévention.

Tu peux trouver des idées de projet dans cette fiche-outil :

Deux exemples concrets de projets d'EDD à l’initiative des élèves

Fiche outil

Cycle 3 à Lycée

Voici des exemples concrets qui, je l’espère, vous donneront envie de vous lancer et vous permettront de cerner les moyens de dépasser les freins liés à l’élaboration d’un projet de ce type !

 

Créer une compétition annuelle au sein de la classe

Nous avons réfléchi à quoi mettre en place pour que cette classe reste dynamique et vivante tout au long de l’année. 

Nous avons donc testé d’introduire des défis collectifs sous forme de "maisons", une sorte de compétition entre eux, avec à la clé, une récompense. Et là, ce fut magique : le résultat a été très positif. 

pourquoi passer par le jeu ?

Avec le jeu, les élèves se sont mobilisés tout au long de l’année, avec une implication beaucoup plus régulière et soutenue. Ils cherchaient à gagner des points, à réaliser des actions concrètes, à s’investir dans les défis proposés. 

 

Cette dynamique n’a pas fait perdre de vue l’essentiel : agir pour l’environnement et la santé. Au contraire, la gamification a renforcé le sens du projet. Les élèves ne participaient plus seulement “pour le principe”, mais parce qu’ils avaient un objectif clair, visible et stimulant.

 

Tu peux retrouver des idées autour de la gamification dans l'article 6 jeux pédagogiques pour sensibiliser au développement durable en secondaire

Des "maisons éco-citoyennes” sur le modèle de la coupe des maisons Harry Potter

L’objectif ici n’est pas seulement de motiver les élèves, mais surtout de créer une dynamique collective autour des actions en faveur de l’environnement et de la santé. Voici comment faire :

Constitution des maisons 

  • La classe de 6e est répartie en 5 équipes d’élèves (le nombre de maisons dépend bien évidemment du nombre d’élèves).
  • Chaque élève choisit le nom de sa “maison”, en lien avec les thématiques du développement durable.
  • Cette phase de choix est importante car elle permet aux élèves de s’approprier pleinement leur identité de groupe.

 

Des outils pour guider les actions

  • En début d’année, nous distribuons un petit carnet qui comprend un bingo des ODD, ainsi qu’une liste de défis associés à des points. 
  • L’idée est simple : plus les élèves réalisent d’actions concrètes, plus ils gagnent de points. Les défis peuvent être individuels, collectifs ou liés à la vie du collège.

 

Un suivi régulier et transparent

À chaque fin de période, les points sont comptabilisés et les élèves reçoivent un petit diplôme ou une reconnaissance symbolique. Les modalités peuvent varier selon l’organisation choisie :

  • soit les élèves restent dans la même maison toute l’année ;
  • soit ils peuvent changer de maison à chaque période ou trimestre.

 

L'essentiel est de valoriser les progrès réalisés plutôt que le classement final.

Des outils pour assurer le suivi

Nous utilisons :

  • un tableau d’affichage en classe ;
  • un tableau numérique partagé, complété par les enseignants lorsqu’une action est réalisée ;
  • un tableau consultable par les élèves et les familles, garantissant la transparence et la valorisation des actions.

 

Ce système de compétition coopérative permet de créer un véritable enthousiasme chez les élèves. L’objectif devient clair et stimulant : accumuler des points en réalisant des actions concrètes dans le collège et autour des thématiques du développement durable. 

Au fil des semaines, les élèves ne cherchent plus uniquement à gagner des points : ils développent progressivement des habitudes, des réflexes et une culture commune autour du développement durable. Les défis deviennent alors un moyen de faire évoluer durablement les comportements.

Comment valoriser les actions des élèves ?

Maintenant que tu as ta classe développement durable, ton équipe, ta programmation et tes objectifs, il est essentiel de penser à une étape clé : la valorisation du travail des élèves. C’est elle qui donne de la visibilité au projet, qui renforce la motivation et qui permet d’inscrire les actions dans la durée.

que faire avec ta classe ?

  • Communiquer au-delà de la classe : le tableau de défis permet déjà de communiquer avec les familles, mais il est important d’élargir ce cercle. Créer un blog de classe alimenté par les élèves où ils pourront poster des photos, écrire des articles, réaliser des podcasts ou des interviews, produire des vidéos courtes sur les actions menées.
  • Faire vivre les compétences dans le bulletin : pour donner une vraie reconnaissance scolaire au projet : engagement citoyen, coopération, connaissances en développement durable, autonomie et initiative. Cela permet de rendre visibles les progrès des élèves autrement que par des notes et également d’intégrer les CPS à ta pratique.
  • Participer à des concours comme :
  • S’inscrire dans les labels de l’établissement, en faisant participer ta classe à l’obtention des label E3D (Établissement en démarche de développement durable) et ÉduSanté. 
    • Tu peux présenter dès le début d’année les critères de labellisation aux élèves et les compléter progressivement avec eux. Ainsi ils se rendront compte des actions réalisées au fur et à mesure de l’année, mais aussi prendront conscience de leur impact sur l'établissement.
  • Faire classe hors les murs : les élèves aiment sortir... et la classe développement durable s’y prête parfaitement. Il peut être motivant pour les élèves mais aussi pour les enseignants de multiplier les expériences concrètes en dehors de la classe : 
    • création d’un potager (voir la fiche-outil ci-dessous) ;
    • opérations de clean-up (voir la fiche-outil ci-dessous) ;
    • partenariats avec la mairie (conseil collège-commune) ;
    • sorties à la ferme ou sur des sites naturels. Les élèves sont très sensibles à ces moments. Ils permettent de comprendre que l’écocitoyenneté ne s’arrête pas à la porte du collège, mais s’incarne dans la vie réelle.

→ Voir aussi l'article 15 gestes simples pour sensibiliser mes élèves à la transition écologique au quotidien

Deux idées d'initiatives à faire avec tes élèves, et même au-delà de la classe : 

Faire un potager avec sa classe

Fiche outil

Cycle 2 à Lycée

Cette fiche s’adresse aux profs d’élémentaire ou de secondaire qui voudraient engager leur classe dans un projet de potager sur l’année. Vous trouverez des conseils pratiques concernant le semis, mais…

Engager son établissement dans le Digital cleanup day

Fiche outil

Cycle 3 à Lycée

Vous souhaitez participer au Digital cleanup day avec vos élèves ? Cette fiche-outil vous guide pas à pas : choisir un format (données, réemploi, recyclage, sensibilisation), organiser en classe, mobi…

 

Quelques mots pour terminer

Si le projet ne fonctionne pas exactement comme tu l'avais imaginé la première année, ce n'est pas un échec. Comme tout nouveau projet, il faut parfois du temps et aussi de l’expérience pour mettre en place quelque chose. 

Ne cherche pas la perfection dès le départ : avance pas à pas, observe ce qui fonctionne… et fais évoluer ton projet. C’est souvent dans ce qui ne fonctionne pas qu’on trouve les solutions pour mieux avancer. 

De plus, n'oublie pas non plus que ce projet doit rester un plaisir, pas une charge supplémentaire. Fais avec les outils que tu as, ce n’est pas grave si ce n’est pas un gros projet, toutes petites actions réalisées seront importantes. Une seule action bien menée vaut souvent mieux qu'une multitude de projets difficiles à faire vivre.

La classe développement durable est à la fois un outil pédagogique et un projet motivant, capable de transformer durablement le rapport des élèves à l’école et au monde qui les entoure. 

Et c'est sans doute là la plus belle réussite d'une classe développement durable : former des élèves qui ne se demandent plus seulement :

“Que se passe-t-il pour la planète ?”

Mais qui osent désormais répondre à la question : 

“Que pouvons-nous faire, ensemble, pour agir ?”

 

Virginie Caillault, professeure de SVT depuis 2017 
et Juliette Gourmelon, professeure d’HG depuis 2016