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Comment et pourquoi créer une équipe pHare ?

Cycle 2 à Lycée4 min
Virginie CaillaultJuliette Gourmelon
2 contributeurs

Tout est parti d'une classe de 6e. Avec Virginie, alors professeure principale, nous étions confrontées à de nombreuses difficultés relationnelles : moqueries, violences verbales, conflits récurrents et manque d'empathie entre les élèves. Pour répondre à ces problématiques, nous avons conçu des séances de sensibilisation au harcèlement. 

L'adhésion des élèves et les effets positifs observés nous ont convaincues de renouveler l'expérience chaque année. Alors, lorsque notre collège nous a proposé de devenir référentes du programme pHARe et d'en construire le protocole, cela s'est imposé comme une évidence. 

Nous allions pouvoir agir non plus seulement à l'échelle d'une classe, mais de tout l'établissement, afin de promouvoir un climat scolaire plus serein et protecteur pour chacun.

Étape n°1 - Réaliser un état des lieux des situations de harcèlement 

Nous souhaitions mettre en place un protocole permettant à la fois d'accompagner les victimes et d'amener les élèves auteurs de comportements d'intimidation à prendre conscience des conséquences de leurs actes

L'objectif était de les conduire à réfléchir à leur comportement, à comprendre l'impact de leurs actions sur autrui et à prévenir toute récidive. Ainsi est né ce que nous appelons dans notre établissement le "pôle bienveillance" !

je passe à l'action

  • Créer un questionnaire anonyme à destination des personnels de l’établissement, et un à destination des élèves. Il y a un questionnaire créé par le ministère, mais le mieux étant de créer le vôtre, adapté à vos problématiques : ce questionnaire peut être complété lors d’une vie de classe par exemple.
  • Pour construire ces questionnaires, il peut être utile d’organiser les questions autour de plusieurs thématiques :
    • la fréquence des moqueries, intimidations ou violences verbales ;
    • les situations d’exclusion ou d’isolement entre élèves ;
    • les violences physiques ou dégradations de matériel entre élèves ;
    • le cyberharcèlement et les usages des réseaux sociaux ;
    • le sentiment de sécurité dans l’établissement ;
    • les lieux et moments perçus comme les plus sensibles (cour, cantine, transports, réseaux sociaux, etc.) ;
    • la connaissance des dispositifs d’aide et des personnes ressources.
  • Ces thématiques peuvent également être abordées en classe (lors des vies de classe par exemple) pour faire remonter les problématiques principales.

Ensuite, analyser les données et croiser les informations pour établir une analyse 

Il convient d'analyser : les rapports d'incidents, les sanctions, les signalements, les passages à l'infirmerie, les observations de la vie scolaire et l'enquête de climat scolaire.

Une fois les données recueillies auprès des élèves et des personnels, il est essentiel de les mettre en perspective afin d'obtenir une vision globale de la situation. Les observations des équipes, les signalements, les incidents recensés et le ressenti des élèves ne racontent pas toujours la même histoire. 

Croiser ces différentes sources permet de repérer des tendances, d'identifier les lieux ou les moments les plus sensibles et de mettre en lumière des situations qui pourraient passer inaperçues lorsqu'elles sont analysées isolément. Cette étape est indispensable pour construire un diagnostic objectif et définir des actions adaptées aux besoins réels de l'établissement. 

un premier pas pour se lancer

Pour prendre conscience de la réalité du phénomène dans votre établissement et engager une dynamique collective, commencez par donner la parole aux élèves :

  •  Demandez-leur de définir ce que recouvrent, selon eux, les moqueries, les intimidations et le harcèlement.
  • Interrogez-les sur l'existence de telles situations dans l'établissement et sur les lieux ou moments où elles peuvent survenir.
  • Demandez-leur dans quelle mesure ces situations influencent leur vie d’élèves, leur bien-être et leurs apprentissages.

Étape n°2 - Construire le protocole

Virginie et moi avions suivi des formations sur le harcèlement différentes. En parallèle, nous faisons face dans notre collège à un climat scolaire particulièrement difficile pour les élèves : moqueries, violences diverses, tensions récurrentes. En REP, avec un fort turn-over des enseignants, de nombreux collègues nouvellement arrivés ne savaient pas toujours comment réagir face à ces situations. 


Mettre en place un protocole permet de définir clairement la conduite à tenir lorsqu'une situation de harcèlement est signalée : qui intervient, dans quel ordre, avec quels outils et quels objectifs afin de garantir une prise en charge cohérente au sein de l'établissement. 


N’hésitez pas à associer plusieurs personnels de votre établissement : CDE, CPE, infirmière, assistante sociale, psychologue scolaire, enseignants de différentes disciplines mais aussi les personnels de vie scolaire et les agents qui participent à la surveillance des espaces communs (à l’école primaire par exemple).

quelques conseils

  • Privilégiez  la simplicité et l’organisation : un protocole trop complexe ne pourra pas être appliqué. Il est également important de bien clarifier les rôles de chacun
    • Qui reçoit l’élève cible ?
    • Qui reçoit les intimidateurs présumés ? 
    • Qui reçoit les témoins ? 
    • Qui assure le suivi ?
    • Comment contacter les familles ? 
  • Prévoyez des outils prêt à l’emploi : fiches signalement, fiches entretien, convocations des élèves. Disposer d’outils communs et institutionnels permettra de garantir un protocole solide, cadré et appliqué de façon cohérente par l’ensemble des personnels.

Enfin, faites valider le protocole par la direction. Une fois validé, on peut ensuite le déposer sur la plateforme pHare. 

Le protocole n’est pas définitif. Faites un test sur une période de 3 mois pour commencer : établir le bilan des situations, analyser ce qui fonctionne, ce qui pourrait mieux fonctionner et ne pas hésiter à modifier autant de fois que nécessaire. 

Étape n°3 - Constituer une équipe ressource et définir le rôle de chacun

L'idéal est de constituer une équipe pluridisciplinaire : CPE, enseignants de diverses disciplines, CPE, AED, personnel médico-social, personnel en charge de la surveillance (dans le 1e degré par exemple)…. 

L’équipe se constituera progressivement. Dans un premier temps, seuls quelques enseignants intégreront le dispositif, puis d’autres collègues pourront la rejoindre au fil des différentes formations proposées.

Il est important de rassurer chacun quant au temps à consacrer à cette mission : plus le nombre de collègues impliqués sera important, plus la charge sera répartie et moins l’investissement individuel sera conséquent.

Même avec seulement un ou deux créneaux disponibles par semaine, l’engagement de chacun constitue déjà une contribution précieuse au fonctionnement de l’équipe.

Par ailleurs, nous avons constaté que plus le nombre d’adultes engagés dans l’équipe est important, plus les élèves prennent conscience de l’importance du dispositif. Cette mobilisation collective renforce sa visibilité et sa crédibilité auprès des élèves, ce qui favorise une meilleure appropriation et une mise en œuvre plus efficace du protocole. 

Définir les rôles, puis désigner des référents identifiés

Les élèves et les adultes doivent savoir clairement à qui s’adresser. Les référents pHARe doivent être visibles, identifiés et accessibles pour faciliter les remontées de situations. 

L’équipe doit pouvoir se réunir régulièrement pour analyser les situations, ajuster les réponses et assurer un suivi cohérent. Sans temps dédié, le dispositif perd en efficacité. Le cœur de l’équipe pHARe reste la protection de l’élève victime. Toutes les décisions doivent être prises dans cette logique de sécurité, de bienveillance et de cohérence.

commment recruter et mobiliser ses collègues ?

Lors de la réunion de pré-rentrée présente le protocole pHare et propose à tes collègues de rejoindre votre équipe :

  • Demande dès juin à ton CDE un temps de formation en septembre pour former les futurs membres du pôle.
  • Parle du protocole en salle des profs, envoie des mails : communique un maximum afin de donner envie aux enseignants de rejoindre le pôle pHare.

Pour mobiliser tes collègues, commence par ouvrir le dialogue autour de situations concrètes qu'ils peuvent rencontrer dans leur quotidien professionnel :

  • « Souhaiterais-tu que nous échangions sur certaines situations où des élèves pourraient être victimes de harcèlement ou d'intimidation ? »
  •  « Comment te sens-tu lorsque tu apprends qu'un élève de ta classe est concerné par une telle situation ? »
  • « De quelles ressources, informations ou formes d'accompagnement aurais-tu besoin pour te sentir plus à l'aise dans la prise en charge de ces situations ? »

Étape n°4 - Informer et mobiliser les familles et les élèves 

Les parents doivent pouvoir comprendre le fonctionnement du protocole, identifier les interlocuteurs et savoir comment signaler une situation préoccupante. Dans plusieurs établissements, les familles peuvent parfois être amenées à agir seules, se sentir démunies et isolées face à la détresse de leur enfant, sans toujours savoir vers qui se tourner ni comment agir efficacement.

Pour agir efficacement, il faut

  • Un protocole clair et accessible : Présenter le dispositif de manière simple, lors de réunions de rentrée, de conseils d’administration ou par mail. L’objectif est que chaque famille sache ce qu’est le harcèlement, comment l’établissement le prend en charge et quels sont les circuits de signalement. 
  • Créer un lien de confiance : Les familles doivent être considérées comme des partenaires. Une communication transparente favorise également les échanges lors de situations sensibles : par exemple en présentant les bilans du protocole lors du CA (nombres de cas traités, nombre de situations résolues, nombre de sanctions posées). Si les familles n’ont pas confiance dans le protocole ce dernier ne pourra pas fonctionner efficacement. 
  • Donner des repères concrets : Les parents doivent savoir à qui s’adresser, comment se déroule le protocole et quelles en sont les étapes.

Pour renforcer ce partenariat, l'établissement peut également présenter le protocole lors des réunions de prérentrée , former des parents ambassadeurs ou encore organiser des temps d'échange dédiés aux questions de harcèlement et de climat scolaire lors de “cafés des familles” par exemple.

comment comprendre les besoins des familles ?

L’établissement doit prendre le temps d'échanger avec elles avant même qu'une situation ne survienne :

  • Demandez-leur ce qu'elles savent du protocole de lutte contre le harcèlement mis en place dans l'établissement.
  • Interrogez-les sur ce qu'elles feraient si leur enfant était victime ou témoin d'une situation de harcèlement.
  • Demandez-leur quelles informations ou quels accompagnements les aideraient à se sentir davantage soutenues et associées au dispositif.

Étape n°5 - Former les personnels

Mettre en place des temps de formation n’est pas toujours simple. Pourtant, ces temps sont essentiels pour garantir une compréhension commune du protocole pHARe et une prise en charge cohérente des situations.

Plusieurs options sont possibles, chacune avec ses avantages et ses limites.

Utiliser la réunion de pré-rentrée

Une première possibilité consiste à intégrer la formation lors de la réunion de pré-rentrée. L’avantage est évident : tous les personnels sont présents, ce qui permet une diffusion large et immédiate de l’information. En revanche, cette période est déjà riche en consignes, en informations administratives et organisationnelles. Le risque est donc que le protocole soit présenté mais insuffisamment retenu ou intégré (voire écouté).

Demander un temps banalisé en septembre

Une autre solution est de solliciter un temps banalisé auprès du chef d’établissement en début d’année scolaire. L’intérêt principal est que la formation devient une priorité institutionnelle et que l’ensemble des personnels est mobilisé. Toutefois, le nombre important de participants peut limiter les échanges, les questions et l’appropriation des pratiques.

Organiser des formations en petits groupes

Il est également possible de proposer plusieurs créneaux de formation (pause méridienne, fin de journée, ou en visioconférence) et de laisser les collègues s’inscrire librement. Cette formule favorise les échanges en petits groupes et une meilleure prise en main du protocole. 

En revanche, certains personnels peuvent ne pas s’inscrire, et donc ne pas être formés. Pour pallier ce risque, il peut être utile de créer un support synthétique, par exemple un diaporama clair et accessible, reprenant les éléments essentiels du dispositif pHARe.

Dans tous les cas, l’enjeu reste le même : trouver un équilibre entre accessibilité, qualité des échanges et formation de l’ensemble des équipes.

que présenter lors de cette formation ?

  • Définir clairement le harcèlement. Il est indispensable de commencer par poser une définition partagée du harcèlement scolaire. Cela permet d’éviter les malentendus et les interprétations variables d’un adulte à l’autre.
  • Distinguer intimidation, moqueries et harcèlement. Un point central de la formation consiste à différencier les situations : cette distinction aide les personnels à mieux qualifier les situations et à adapter leurs réponses et actions.
  • Repérer les signaux d'alerte chez les élèves victimes : changement de comportement, isolement, baisse des résultats scolaires, troubles somatiques, refus de venir en classe ou en établissement. Ces indices sont souvent discrets mais essentiels pour repérer des situations invisibles.
  • Adopter les bons réflexes professionnels : écoute active, prise de distance avec les émotions, non-confrontation directe entre victime et intimidateur, et transmission rapide aux personnes référentes. 
  • Présenter le protocole pHARe et ses modalités d’activation, et surtout préciser quand et comment solliciter les référents. L’objectif est d’éviter les hésitations ou les interventions isolées, et de favoriser une prise en charge coordonnée et adaptée à la situation.
  • Proposer des ressources pédagogiques clés en main pour travailler en classe sur ces thématiques.

Pour pérenniser cette dynamique, il peut être utile d'inscrire le protocole pHARe dans le projet d’établissement, de prévoir des temps réguliers d'échange avec la direction et de faire un point d'étape lors des réunions du CESCE.

Le dispositif pHARe ne vise pas uniquement à faire cesser des situations de harcèlement. Il a également pour ambition de construire une culture commune de vigilance, de respect et de responsabilité. Si la protection des élèves concernés est essentielle, c'est bien l'ensemble de la communauté éducative qui est mobilisé afin de créer un climat scolaire plus serein et plus protecteur pour tous.

Au-delà des protocoles et des outils, la lutte contre le harcèlement invite chacun à prendre sa part dans la construction d'un collectif où les élèves apprennent à vivre ensemble, à s'entraider et à ne pas rester spectateurs face à une situation de souffrance.

Mettre en place le protocole pHare dans ton établissement demande du temps et de l’engagement, mais permet de protéger les élèves et d’améliorer le climat scolaire. 

 

Virginie Caillault, professeure de SVT depuis 2017 et Juliette Gourmelon, professeure d'histoire-géo depuis 2016, référentes pHare