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Être prof au mois de mai : "T'es animateur de colo ou tonton marrant"

Lycée2 min
Monsieur Z
Monsieur ZProfesseur de Lettres/Histoire-Géo en lycée professionnel

Dans les dictons populaires, on nous a vendu le mois de mai comme une parenthèse enchantée.
Un moment doux, léger, presque libertaire :

“En mai, fais ce qu’il te plaît.”

Sur le papier, ça sent le soleil, les terrasses, la liberté retrouvée.

Dans un lycée…  ça sent surtout la fin. Mais la fin lente. La fin molle. La fin qui traîne. L’encéphalo quasi plat mais tu hésites à débrancher.

En gros… un mois instable, flottant, imprévisible.Un mois où plus rien ne tient vraiment, mais où tout continue quand même, "histoire de". Car on parle de la reconquête du mois de juin. Sauf que la bataille est déjà bien faisandée en mai.

On entre pour faire cours… On se retrouve dans autre chose. Voici quelques idées…

Un aéroport low-cost

Certains sont déjà partis et d’autres attendent encore leur vol. Quelques-uns ont raté la correspondance depuis septembre. Et toi, t’es pas au mieux, puisqu’en plein jetlag pédagogique.

"M’sieur, je pars la semaine prochaine.”
-  Mais on est en mai ?
-  Ouais mais bon, mes parents y disent c’est moins cher hors vacances scolaires Disney."

Les cerveaux sont déjà en soute. L’école et nos cours deviennent une escale non désirée. Supplément soute.

Un bureau de négociation de start up

“Madame, si j’ai 15 et 16 là aux prochains devoirs, ça passe ?
- Tu as 4 de moyenne.
- Oui mais je peux remonter, non ?
- Je pourrai pas faire assez d’éval pour ça…”

Ils veulent sauver l’année en deux contrôles. Sans avoir levé le nez de leur smartphone de l’année. À croire que la remontada du PSG de jadis s’applique à l’héliotropisme et au travail d’Olympe de Bouge.

“Elle est pas de Marseille, elle ?”

Idem pour les épreuves du DNB ou du bac. Certains pensent pouvoir ingérer le contenu du programme en un mois style gavage des oies pour Noël, et modifier la perception des profs à grands coups de DM façonnés à l’IA. Ou comment passer d’aimable touriste à féru de travail, mais en restant en tongs/chaussettes. 

Une zone blanche façon Massif central

Tu parles ; ils regardent. Un flux traversant la pièce, mais se perdant doucement dans l’atmosphère. Une étoile filante mais dont tu sais qu’elle va se crasher pas loin de la salle.

“Vous avez compris ?
- ...
- OUI OU NON, mais répondez ?
- De quoi Monsieur ?”


Plus de réseau pédagogique. Les vacances de Pâques et la chasse aux œufs semblent avoir complètement détruit toute connexion neuronale. Tu hésiterais presque à répéter ou taser l’ensemble de l’assemblée. Même le meilleur élève est aux fraises. 

Un open space du n’importe quoi

Ça parle. Ça mange. Ça vit. Mais de manière autonome. Ta présence n’est plus indispensable. Elle est même complètement accessoire. 

“Mais Madame, j’écoute !
- Tu es de dos.
- Mais j’écoute quand même.”

Tu n’es plus prof. Au mois de mai, tu es animateur de colo, gérant de confiserie ou tonton aux anecdotes marrantes. 

Tu distribues encore des polycopiés et tu sens la forêt amazonienne qui te susurre à l’oreille que t’es un bel artisan de la destruction planétaire pour NAD

Une salle en SPTJ (syndrome post-traumatique journalier) 

Tout le monde est fatigué. Tout le monde est déboussolé.

“On est quel jour ?
- Je sais pas.
- On a cours demain ?
- Bah non, c’est le pont, on a cours dans une semaine.
- Il est long ce pont, c’est un aqueduc.” 

Entre les jours fériés, les jours rattrapés, les journées pédagogiques sur la thématique : quel jour pour rattraper les journées pédagogiques ? On ne sait plus sur quel pied danser. 

Celles et ceux qui bossent en demi groupes sont obligés de jongler entre un groupe qui a fini le programme et l’autre qui vient de le commencer. 

Le programme devient un concept à géométrie variable. La progression devient plus complexe que le multivers chez Marvel.

Une salle des profs en club de survie 

“Tu fais quoi en mai, toi ?
- Je suis là."

Les regards sont vides, les cafés sont doubles. Les rires nerveux. Certains corrigent, d’autres regardent les copies comme un paysage en ruine. Certains parlent déjà de leur destination de vacances comme si on était aux portes de l’été.

Normal, en même temps… Tu passes de la doudoune au crop top sans avoir le temps de lancer une machine. Tu arrives le lundi matin et ta salle c’est juste le Piton de la Fournaise en moins accueillant.

"M'sieur, fait tarpin chaud, on peut ouvrir la porte ?
- Pas si vous mugissez comme des veaux, je tiens à mon poste de titulaire."

Au fond, en mai, tout le monde fait ce qui lui plaît. En gros. Les élèves quittent doucement l’année. Quand certains jettent leurs dernières forces dans la bataille. Avec des armes émoussées.

Les profs s’accrochent comme ils peuvent. Et le système continue d’avancer… Ils sont inspectés le vendredi soir à 15h00. Quand il n’y a plus que le factot'homme qui bosse.  

On nous avait promis de ne rien lâcher et de travailler jusqu’à la dernière séance.
On a surtout appris à gérer le slow comme pas de danse

Doucement. Tout doucement. Et à faire semblant, ensemble, que tout tient encore debout.

Monsieur Z, prof de lycée pro quelque part en France, dont l'humour sévit sur Facebook et sur Instagram.