Mai arrive, et avec lui cette sensation un peu particulière : l’année n’est pas terminée, loin de là, mais l’énergie commence à baisser. Les journées restent denses, les élèves sont encore là, bien présents et pourtant, quelque chose se décale doucement. On commence à regarder un peu plus loin.
La rentrée de septembre n’est pas encore là, mais elle s’invite déjà dans un coin de la tête. Chaque année, on oscille entre l’envie de se simplifier la vie et celle de ne pas en rajouter à une période déjà bien chargée.
Avec le temps, on comprend que préparer la rentrée ne veut pas dire travailler plus tôt, ni faire plus. C’est plutôt choisir, à ce moment précis de l’année, ce qui mérite vraiment d’être anticipé : quelques décisions, quelques repères, quelques ajustements.
1) Faire le tri de ce qui fonctionne vraiment
Pendant longtemps, je terminais chaque année scolaire avec l’impression qu’il fallait tout repenser, tout faire différemment. En septembre, mes élèves m’ont permis de changer de point de vue.
En début d’année, mes anciens CM1 - qui sont maintenant mes CM2 - m’ont demandé si on allait refaire le bar à cocktails, si on allait refaire « notre cour parfaite » pour travailler les périmètres.
J’étais contente de voir que ces activités étaient plaisantes pour eux, mais j’ai eu un déclic aussi. Il n’est pas nécessaire de tout changer. Le mois de mai offre une distance précieuse pour analyser son année sans être dans l’urgence.

Le fameux bar à cocktails plébiscité par les élèves !
comment faire ?
- Plutôt que de chercher de nouvelles idées, je commence par observer ce que je fais déjà. Je feuillette mon cahier journal, mes séquences, mes notes.
- Je repère les moments où les élèves étaient engagés, où les transitions étaient fluides, où je me sentais à l’aise. Ce sont souvent des indicateurs très fiables de ce qui fonctionne réellement en classe.
- Je n’hésite pas à demander aux élèves ce qu’ils ont apprécié, si les méthodes que j’utilise leur convient.
- À l’inverse, j’identifie aussi les moments plus délicats : les séances qui ont pris trop de temps, les dispositifs qui m’ont épuisée, les moments où je me suis sentie débordée.
Ce tri permet de sortir d’une impression globale pour aller vers des décisions concrètes. Il ne s’agit pas de tout garder ni de tout jeter, mais de construire progressivement une base solide. Ce travail évite surtout de repartir de zéro à la rentrée. J’arrive avec des repères, des choix assumés, et une pratique qui s’affine au lieu de se reconstruire.
je te donne l'exemple de mon bilan actuel
- Ce qui fonctionne : le travail de groupe, les ateliers, la manipulation, les choses concrètes, le français à base de musique, la pédagogie de projet, la méthode d’histoire que j’utilise, le classeur de leçons sous forme de cartes mentales, les sorties.
- Ce qui doit être revu : la méthode et l'organisation en maths et en sciences, inclure davantage l’EPS, la gestion des évaluations, le plan de classe (je suis sur du mi-flexible, mais c’est encore trop flou).
1,2,3, action !
- Ferme les yeux et note 3 moments que tu as vraiment apprécié cette année.
- Note également 3 choses qui te font grincer des dents quand tu y repenses.
- Définis clairement pourquoi tu as aimé ou non ces moments. Cette base te servira pour faire tes ajustements.
2) Poser les grands repères de l’année (sans entrer dans le détail)
Une année, j’avais tout préparé dans le détail pendant l’été et j’ai tout changé en septembre. Entre temps, j’ai découvert de nouvelles choses, je n’avais plus envie de faire ce que j’avais préparé, c’était trop théorique.
Et surtout, la plupart du temps, ça ne correspondait pas à la classe que j’ai découverte en septembre ! Depuis, je ne prépare plus toutes les séances détaillées : je prépare une direction.
En mai, il est beaucoup plus efficace de poser une vision globale de l’année que de préparer des contenus détaillés. Cela passe par quelques choix structurants qui vont guider toutes tes décisions ensuite. Tu peux commencer par réfléchir à un fil rouge : ce n’est pas obligatoire, mais cela peut donner une cohérence à l’année.
Je parle ici du fameux thème de l'année…
Un thème, c’est donc une direction que l’on souhaite prendre. À l’heure où j’écris ces lignes, en avril, mon thème est déjà défini pour l’an prochain, depuis le mois de … janvier ! C’est quelque chose qui m’arrive de plus en plus.
Dans l’année, j’ai de nouvelles envies, des choses que j’ai envie de tester. Plutôt que de les faire dans les mois de l’année scolaire actuelle, en plus de ce que j’ai prévu, je laisse l’idée germer et je prépare doucement l’an prochain. Ca m’aide à me projeter, et ça me donne envie d’y être !
ce que je fais dans ma classe
- À partir de la Toussaint environ, je prends un carnet “mes idées pour" (l’année suivante), et dedans je note tout ce que je prépare au fil de l’année.
- Je note les sections : idées générales, sorties envisagées et projets.
- Chaque fin de période, je fais un petit bilan pour concrétiser au fur et à mesure ma préparation. Un peu comme un “ce que je garde, ce que je jette”. Peu à peu, mon année va se construire.
- Ensuite, je découpe mentalement mon année en grandes périodes, sans entrer dans les séquences précises.
- J’associe à chaque période une intention, un projet, ou un axe de travail. Cela peut être très simple :
- Quelle oeuvre de littérature je tiens à étudier l’an prochain ?
- Qu’est ce que j’aimerais faire pour préparer Halloween ?
- Quel projet je peux faire à partir d’une notion ?
C’est aussi le bon moment pour faire des choix pédagogiques : vas-tu privilégier le travail en ateliers ? La manipulation ? Une certaine forme d’évaluation ? Ces décisions ont beaucoup plus d’impact que des fiches prêtes à l’emploi.
Elles structurent le quotidien et donnent une cohérence à la classe. En posant ces repères maintenant, j'allège énormément la charge mentale de septembre. Tu n’as plus à tout décider dans l’urgence : tu sais déjà où tu vas !
1,2,3, action !
1. Note les thèmes que tu apprécies (danse, littérature, nature, espace).
2. Imagine 2 manières de faire entrer ces thèmes dans ta classe.
3. En une minute, note 3 choses que tu apprécies actuellement dans ta classe.
3) Préparer les outils qui vont vraiment te simplifier la rentrée
Quelque chose que j’adore faire, mais qui me donne l’impression d’être toujours fait dans l’urgence, ce sont les commandes de fournitures ! J’ai l’impression de faire ma liste au Père Noël mais en deux jours… Avant, je réfléchissais à ma liste fin juin… Es-tu surprise si je te dis qu’elle est déjà partiellement prête ?
Préparer la rentrée, ce n’est pas produire des contenus, c’est sécuriser le fonctionnement. En mai, tu peux déjà réfléchir à tout ce qui va t’éviter de prendre des décisions dans l’urgence en juin.
ce que je fais en classe
- Je ressors mon petit cahier à intercalaires, et je me mets dans la section “idées générales”; et c’est parti !
- Je commence par le matériel des élèves : combien de cahiers, pour quels usages, avec quelle organisation ?
- Puis, je reprends ce qui a fonctionné cette année et je simplifie si besoin.
Par exemple, cette année, j’ai voulu mettre en place des cahiers pour les dictées bilans. Je constate que c’est un outil qui me plait : les dictées sont regroupées, les cahiers sont petits donc facilement transportables, ils font partie des rituels de la dictée.
En revanche, mon classeur pour archiver les fiches d’exercices, ça ne va pas : trop fouilli, on ne s’y retrouve pas… Je cherche une autre solution.
Ensuite, tu peux réfléchir aux outils de classe que tu utilises souvent : affichages, trames de séance, modèles de leçon. Préparer quelques supports de base suffit largement.
Tu peux aussi anticiper la gestion de classe : comment les élèves vont-ils circuler ? Quels rituels veux-tu installer dès les premiers jours ? Quels moments vont structurer ta journée ? Plus ces éléments sont clairs, plus la rentrée sera fluide. L’objectif n’est pas d’avoir tout prêt, mais d’avoir un cadre simple, stable, qui te permet de démarrer sereinement.
1,2,3, action !
- Fais une liste de ce que tu gardes et ce que tu jettes dans le matériel des élèves.
- Observe ta classe, retiens 2 affichages que tu tiens à conserver.
- Réfléchis à un outil de gestion de classe simple que tu souhaites tester.
4) Réfléchir à ce que tu veux ressentir l’an prochain
Quand on pense à notre classe, on pense aux préparations, aux séances, au projet… Et aujourd’hui, quand on repense à ces moments, que ressentons-nous ? Quand je pense à notre journée Halloween, je ressens de la joie, de la sérénité, une réelle cohésion. Et j’essaie de trouver des idées pour retrouver ces émotions positives.
On pense souvent la rentrée en termes d’organisation ou de contenus, mais très rarement en termes de ressenti. Pourtant, c’est un levier extrêmement puissant.
ce que je fais en classe
- Prends un moment pour te demander simplement : dans quelle classe ai-je envie d’entrer en septembre ? Une classe calme ? Dynamique ? Structurée ? Chaleureuse ?
- Ce que tu ressens au quotidien dépend en grande partie de micro-choix que tu peux anticiper dès maintenant. Si tu veux plus de calme, il faudra penser des rituels apaisants, des transitions fluides, des consignes simples.
- Si tu veux plus d’engagement, tu peux prévoir davantage de manipulation, de coopération, de moments actifs. Si tu veux te sentir plus sereine, il faudra simplifier certaines pratiques, alléger certains dispositifs.
Par exemple, dans mon quotidien, j’ai besoin d’équilibre entre moments calmes et des moments d’actions, j’ai besoin de magie (arts, littérature…), j’ai besoin de réel, j’ai besoin de cohésion, de coopération, d’entraide. Je me base donc sur ces ressentis pour créer une ambiance de classe.
Cette année, j’ai commencé par travailler la coopération. Pour l’année prochaine, je souhaite commencer par une ambiance sereine, où chacun sera à l’aise, où chacun pourra se sentir en sécurité dès les premières heures. Je réfléchis donc à une rentrée centrée sur le bien-être de chacun, avec une touche de magie, évidemment !
Ce travail est très personnel, mais il est aussi très concret. Il te permet d’aligner tes choix pédagogiques avec ce que tu veux vivre au quotidien. Et souvent, c’est ce qui fait la différence entre une année subie et une année choisie.

1,2,3, action !
- Pense à ta classe actuelle et pose des mots sur l’ambiance qui y règne.
- Réflechis à ce que tu peux faire pour retrouver ce que tu apprécies actuellement.
- Imagine ta classe l’an prochain, au mois d’octobre : comment espères-tu pouvoir la décrire ?
Préparer la rentrée en mai, ce n’est pas prendre de l’avance. C’est faire des choix plus tôt pour respirer plus tard et profiter de l’été. Quelques décisions simples, posées avec clarté peuvent transformer une rentrée souvent vécue comme un sprint en un début d’année beaucoup plus fluide, aligné, et serein.
Derniers conseils pour finir :
- ne pas chercher à tout préparer en avance ;
- éviter les progressions trop détaillées ;
- garder de la flexibilité pour septembre ;
- prendre en compte sa propre fatigue.
Marion Blanc-Catherinet, professeure des écoles en cycle 3 bilingue, team projets fous et inclusion totale
Et puisqu'on est en période 5, voici une fiche qui te permet de programmer le reste de ton année en faisant des choix dans le programme :
Prioriser les apprentissages en période 5
Fiche outilCycle 2 à 3
Cette fiche aide à identifier les apprentissages prioritaires, à alléger la charge mentale et à terminer l’année avec des objectifs réalistes et utiles pour les élèves.