Nous (deux profs des écoles) faisons le choix, à travers la Semaine des maths, du 14 mars au 25 mars, de porter collectivement une ambition forte : faire des mathématiques un espace d’émancipation pour toutes et tous.
Les recherches actuelles en sciences de l’éducation montrent que les stéréotypes de genre se construisent très tôt et influencent la confiance en soi, la persévérance et les choix d’orientation.
Nous pouvons, à travers des événements forts, nous engager afin de créer des situations d’apprentissage qui rendent visibles les réussites des filles comme celles des garçons. Ces événements un peu "hors du temps" renforcent le sentiment de compétence de chacun.
Un projet adapté à chaque cycle
L’objectif n’est pas d’ajouter une action de plus, mais d’insuffler une dynamique commune : des situations de recherche coopératives, des figures inspirantes mises à l’honneur, des défis qui questionnent les représentations et valorisent tous les profils d’élèves.
En nous engageant ensemble, en partageant nos pratiques et en construisant une cohérence d’équipe, nous donnons du sens à cet événement national et nous affirmons que les mathématiques appartiennent à toutes et tous.
Cette semaine peut devenir un véritable levier pour renforcer l’engagement des élèves… et le nôtre.
Allier lecture et maths, c’est possible !
Mettre en place un cercle des lecture des chercheurs
Chaque jour de la Semaine des maths, nos classes se rassemblent autour d’un album. On s’installe toujours de la même manière : sur le tapis en cercle, autour d’un album posé au centre et avec quelques objets de manipulation à disposition.
L’album est lu une première fois pour l’histoire, puis relu en invitant les élèves à observer les quantités, comparer, anticiper ou résoudre un petit défi inspiré du récit. Ce rituel donne l’impression aux élèves d’entrer dans un moment de recherche partagé, où chacun peut proposer une idée.
Au cycle 1
Les albums constituent une porte d’entrée très accessible vers les premiers concepts. Les histoires permettent de :
- compter avec les personnages ;
- comparer des quantités ;
- manipuler des collections ;
- explorer les formes et les grandeurs.
Le récit soutient la compréhension et rend les situations concrètes. Les albums à conter sont des supports qui permettent aux enfants de construire les quantités à travers des histoires à écouter et à comprendre.
On peut prolonger la lecture par des manipulations, des jeux de mise en scène ou des défis simples inspirés de l’histoire avec Après la récré ou Le cinquième.
Au cycle 2
La littérature devient un excellent déclencheur de recherche. Les récits comme ceux de la collection Littéramaths proposent des situations proches de celles des problèmes mathématiques : partage, déplacements, collections à compléter… ou même des situations géométriques.
L’histoire donne du sens à la question et favorise la mise en mots des stratégies. Les élèves peuvent
- représenter la situation;
- modéliser ;
- comparer leurs démarches ;
- expliciter leur raisonnement.
Au cycle 3
Certains albums ou récits courts permettent d’installer de véritables situations-problèmes, comme dans Les mystères mathématiques de l'Alycastre, où les élèves viennent à la rencontre de la jeune Mia et ses deux amis qui évoluent dans le monde imaginaire de l'Alycastre, où la résolution d'énigmes mathématiques leur permet de progresser.
Les élèves peuvent s’appuyer sur le contexte narratif pour :
- interpréter les données ;
- sélectionner les informations utiles ;
- construire des modèles mathématiques.
Ces supports contribuent aussi à travailler le vocabulaire spécifique et la compréhension des énoncés, en articulant langage et raisonnement.
je me lance !
- Je choisis 4 albums (1 par jour) dont la situation narrative peut susciter une question mathématique ou un défi à résoudre.
- Je choisis le moment où je vais m’arrêter de lire afin de ne pas dévoiler immédiatement le problème, pour permettre aux élèves de s’approprier l’histoire et d’en comprendre le contexte.
- Au besoin, je transforme l’histoire en situation de recherche, en invitant les élèves à représenter, manipuler, expliquer leurs stratégies et confronter leurs idées. Il est envisageable de créer une situation de recherche mathématique
Chercher des maths partout, hors des murs !
Que ce soit dans la cour, dans un jardin, dans un parc aux abords de l'école, cette pratique permet à chacun de prendre sa place dans ce terrain d'exploration.
Les beaux jours reviennent, c'est l'occasion de sortir un peu et de partir à la chasse aux maths à l'extérieur ! J'apprécie particulièrement faire cette matière dehors : c'est concret pour les élèves et ils se rendent bien compte que les mathématiques sont partout.
Au cycle 1
L'enjeu ici va être d'apprendre à regarder le monde avec un œil mathématique. Les élèves sont invités à partir à la recherche des maths dans la cour. On peut leur proposer :
- de trouver des formes géométriques (ronds, carrés, triangles) ;
- de compter le nombre de tel ou tel objet ;
- de comparer les tailles ou encore de repérer des alignements ;
- de leur proposer des petits défis : "Pouvez-vous trouver 3 ronds dans la cour ?".
Les enfants peuvent rapporter, prendre en photo ou montrer l'objet. Les recherches se font en binômes mixtes. Les efforts de chacun seront valorisés pour éviter que certains prennent le rôle de leader systématiquement.
Au cycle 2
On passe de l'observation à l'action mathématique. On peut :
- organiser une sortie dans la cour sous forme de défi en groupe (mesurer la largeur de la cour avec ses pieds : mesurer les pieds, puis calculer la mesure) ;
- compter le nombre de dalles composant un chemin ;
- tracer une figure géométrique géante à la craie ;
- repérer les angles dans la cour.
Les groupes notent au fur et à mesure leurs résultats sur une feuille. Au retour en classe, les élèves vont comparer leurs stratégies (comptage, estimation...). Cette séance peut servir de base à la séquence sur les mesures. Les rôles dans les groupes tournent : mesurer, noter, expliquer...
Au cycle 3
Les élèves sont ici invités à mener des petites enquêtes mathématiques ! On peut leur proposer également de résoudre ces enquêtes sous forme de groupe pour favoriser la coopération. Les élèves peuvent :
- estimer la hauteur d'un arbre puis vérifier avec différentes stratégies ;
- mesurer la cour et calculer son périmètre ;
- faire un plan de la cour idéale (ainsi, ils vont devoir prendre des mesures, calculer des périmètres, des aires).
C'est une activité très riche. Les groupes sont ensuite invités à présenter leur cour parfaite de manière collective.
toutes nos ressources pour faire école dehors
je me lance !
- Je regarde ma cour autrement : y a-t-il des carrés ? Des lignes droites ? Un arbre ?
- Je choisis un défi : trouver 5 formes, mesurer avec vos pas...
- Je prévois 10 minutes pour une activité pour tester mes élèves, j'ajuste ensuite.
Quand les maths se savourent : le goûter de l'égalité
Lire une recette de cuisine demande des connaissances mathématiques (connaissance de l’écriture chiffrée, connaissance des quantités, manipulation des mesures). Dans nos classes, nous adorons cuisiner...
Bon pour être plus honnête : on est toutes les deux très gourmandes et on utilise chaque occasion pour cuisiner avec mes élèves ou simplement faire un goûter. La manipulation et le chocolat sont vraiment de bons alliés pédagogiques !
Cette activité peut être réalisée à la fin de la semaine des maths, pour conclure par un moment de partage. Ici, les objectifs pédagogiques sont :
- comparer des quantités ;
- partager équitablement ;
- travailler les fractions et la proportionnalité ;
- ajuster une quantité à un effectif.
Concernant la mise en pratique, il faudra préparer des biscuits identiques, des fruits coupés, des gobelets et des feuilles. On énonce la consigne :
"Nous devons préparer un goûter pour que chacun ait une part égale à celle des autres. Comment faire ?".
Les élèves pourront réfléchir en commun, et même avoir des rôles attribués par un adulte : celui qui distribue, celui qui vérifie, celui qui compte et celui qui explique le raisonnement à l'adulte. Ainsi, chaque élève sera valorisé au cours de cette activité, l'inclusion est réussie !
Au cycle 1
On peut proposer aux élèves :
- de commencer par distribuer "un à chacun" ;
- ils pourront ensuite ajouter ou retirer "pour que ce soit pareil" ;
- on peut leur demander de comparer deux assiettes pour ajuster la quantité ;
- enfin, on les fait verbaliser leurs actions : "Pourquoi ce n'est pas juste ?".
Au cycle 2
Les CP vont réellement manipuler des opérations, les CE1 vont découvrir la représentation schématique, et les CE2 se dirigeront vers l'apprentissage de la division.
On peut proposer :
- de partager 12 biscuits pour 6 enfants, et ainsi introduire les notions de partage et de moitié ;
- de schématiser leur réponse par une représentation sur feuille ;
- pour la fin du cycle 2, de partager 15 biscuits pour 4 élèves par exemple.
Au cycle 3
On va pouvoir commencer à travailler la proportionnalité en amont du goûter, avec la recette des biscuits. La recette présentée pourra être pour 8 personnes, et devra être adaptée aux 30 élèves de la classe par exemple.
On peut également leur proposer de faire virtuellement les courses pour ce goûter et s'entraîner à rendre la monnaie (voir des supports d'activités à imprimer ici).
je me lance !
- Je vérifie que ce défi est faisable dans ma classe (pas d'allergie, de contre indication).
- Je prépare une question pour amorcer l'activité : "Comment faire pour que ce soit juste pour tout le monde ?".
- Je décide d'un cadre simple : groupes mixtes filles/garçons, lieu du goûter, rôles des élèves.
En piste ! 4 activités physiques autour des maths
Les activités sportives sont un excellent moyen pour les élèves de découvrir de nouvelles activités tout en réalisant des apprentissages mathématiques. Les élèves sont toujours contents de bouger, quand en plus on apprend sans s'en rendre compte, c'est un carton plein !
Au cours de ces activités sportives, les élèves vont pouvoir travailler différentes notions mathématiques :
- la mesure de distance ;
- la mesure de temps ;
- la comparaison ;
- la lecture et production de tableau.
Cette activité va pouvoir être réalisée à l'extérieur sous la forme de 4 ateliers :
- saut en longueur ;
- lancer précis ;
- course courte ;
- construction géométrique à la craie.
Les groupes seront mixtes.
Au cycle 1
Les élèves déterminent qui saute le plus loin et pourront compter le nombre de sauts réalisés par exemple ("je dois sauter 3 fois"), ils pourront aussi comparer deux résultats. Pour ce cycle, on peut :
- Faire des traits au sol après un saut pour avoir un support visuel.
- Le lancer se fera par indication de lieu ou de couleur "dans le cerceau à droite / rouge".
- Pour la course, on utilisera le vocabulaire du "plus rapide, moins rapide" et les élèves traceront des formes géométriques simples au sol.
Au cycle 2
Les sauts seront mesurés avec un mètre (les millimètres ne seront pas pris en compte). Les élèves peuvent :
- classer le résultat de la course de chacun (note prise avec un chronomètre) ;
- classer la précision des lancers ;
- suivre un programme de construction géométrique simple à réaliser au sol.
Pour les CE2, on pourra faire un tableau de suivi des ateliers à l'aide d'un tableau à double entrée.
Au cycle 3
Les sauts seront tous calculés en centimètres (mesure avec un mètre puis conversion). Les élèves peuvent :
- jouer au Molkky (ils devront lancer précisément tout en comptant des points) ;
- comparer les écarts des temps de la course ;
- suivre un programme de construction géométrique complexe à réaliser au sol (ils pourront également en inventer pour les cycles plus petits).
À la fin de l'activité, il peut être intéressant de faire une comparaison des résultats pour déterminer s'ils sont homogènes.
je me lance !
- Je repère un espace où je peux réaliser ces activités.
- Je peux choisir une seule mesure à travailler : distance, temps, points.
- Je prépare un tableau clair pour ne pas me perdre dans les ateliers et pouvoir suivre les activités de mes élèves.
Apprendre avec les motifs organisés
Nous avons tous déjà observé ce moment où un élève, concentré, aligne des perles ou des cubes et s’exclame : “Ça commence pareil !”. Derrière cette remarque spontanée se cache une véritable activité mathématique : repérer une régularité/un motif, anticiper, généraliser.
Nous avons aussi parfois entendu que "c’est joli", comme si le motif n’était pas pleinement mathématique...
Justement, travailler les motifs organisés pendant la Semaine des maths nous permet de montrer que logique et créativité vont ensemble, et qu’elles appartiennent autant aux filles qu’aux garçons.
Installer un coin “motifs” accessible à tous : perles, Kaplas, mosaïques, éléments naturels, bandes de papier, matériel de numération. Puis, proposer des défis courts et motivants :
- poursuivre un motif et expliquer la règle ;
- inventer un motif et le faire deviner à un autre groupe ;
- coder un motif avec des lettres ou des symboles ;
- transformer un motif (agrandir, inverser, complexifier).
Veiller à valoriser la verbalisation des stratégies et à rendre visibles toutes les réussites. Les recherches montrent que le sentiment de compétence se construit dans ces situations où chacun peut chercher, expliquer et être reconnu. Le temps de verbalisation sera essentiel afin de mettre en valeur les motifs et de permettre aux élèves d'expliciter leur procédure.
Ainsi, à travers les motifs organisés, nous engageons nos élèves dans un raisonnement structuré tout en affirmant un message fort : en mathématiques, chacun et chacune a toute sa place.
je me lance !
- J'explique que nous faisons des mathématiques, pas seulement du “beau”.
- Je distribue la parole équitablement et j’encourage la prise de risque intellectuelle chez tous les élèves. (avec un tableau de suivi).
- J'affiche les règles trouvées, je fais expliquer les démarches, je montre qu’il existe plusieurs façons d’être performant en maths.
points de vigilance
- Ne pas créer les stéréotypes que l'on veut déconstruire... Éviter les phrases comme : "Je mets des filles dans le groupe parce qu'elles seront mieux organisées". On parlera plutôt de compétences variées, de stratégies efficaces.
- Soigner la constitution des groupes : les rôles doivent être tournants dans toutes les activités, la prise de parole est partagée.
- Ne pas forcer les conclusions : il n'est pas utile de corriger les élèves si les résultats d'une activité montrent un écart entre les filles et les garçons.
- Éviter l'angle moralisateur : on est là pour manipuler, mesurer, calculer, tous ensemble !
La Semaine des maths est une belle occasion d’essayer autre chose… sans tout révolutionner
En proposant des activités de recherche, en organisant des groupes mixtes et en valorisant les stratégies de chacun, nous contribuons concrètement à construire un climat où filles et garçons se sentent également légitimes pour chercher, expliquer et réussir.
Pas besoin d’un grand dispositif : parfois, un petit changement dans la manière de poser une question ou de faire coopérer les élèves suffit à ouvrir de nouvelles possibilités. Un changement de regard sur l’autre et sur les mathématiques.
Et si cette semaine était finalement l’occasion d’oser tester une idée, une activité, un dispositif différent ? Observer les réactions des élèves, ajuster… puis garder ce qui fonctionne. Car chaque moment où un élève , fille ou garçon, ose dire « j’ai une idée » ou « je peux essayer » est déjà un pas vers des mathématiques plus inclusives et plus vivantes, des mathématiques pour tous.
Natacha Cazogier, prof des écoles depuis 2007, PEMF depuis 2021, en maternelle (projets innovants et coéducation)
Marion Blanc-Catherinet, prof en cycle 3 bilingue, team projets fous & inclusion totale
Et pour plus d'idées d'activités, notre sélection de fiches PDF :
activités de maths pour le cycle 1activités de maths pour le cycle 2 et 3