Alors que s’érigent des no-kids d’un côté et des know-kids (better) de l’autre, il y a, au milieu, des enfants. Des vrais. Bruyants ou pas. Insolents ou pas. Posés, sérieux, agités, contemplatifs, drôles, taciturnes... mais surtout en construction.
Ils ont une partie des manettes du chantier et, en disant ça, j’ai une pensée pour la console de Vice Versa, à laquelle je pourrais ajouter pour cet autre contexte des personnages autour de la cognition ou des comportements sociaux.
Et nous avons une autre partie des manettes : l’éducation, par exemple, mais tout autant que l’hospitalité, pour ce qu’ils sont à cet âge - sans mignonnerie béate.
- On peut choisir de faire de ces manettes des freins à main.
- … Ou à l’inverse, en faire des leviers de vitesse, c’est-à-dire s’appuyer sur ces deux manettes là pour les accompagner, les outiller, là où ils en sont sur leur compréhension du monde et entendre ce qu’ils ont à nous dire sur leur époque.
C’est ce deuxième choix que nous avons fait, certains que, si on ne sait pas exactement où nous mènera le choix d’avancer avec eux, on est en revanche sûrs du résultat en les arrêtant sur place.
Nous faisons le choix d’une société vivante, éclairée et civique.
C’est pour cela qu’aux côtés des rencontres Confkids, on a décidé de créer en 2022 une plateforme de consultation nationale pour les jeunes : Majori’tère.

À quoi sert la plateforme Majorit’ère ?
Développée par l’association Confkids, engagée dans l’éducation des jeunes générations aux enjeux de société à travers le dialogue avec des personnalités qualifiées, la plateforme Majorit’ère s’inscrit dans une démarche strictement non partisane.
Elle vise à prolonger les apprentissages théoriques en offrant aux jeunes un espace d’expression et de réflexion, et s’impose comme une initiative éducative et citoyenne innovante.
Participer à un vote grandeur nature
La plateforme permet aux jeunes de 8 à 18 ans de participer gratuitement à des consultations conçues pour eux, dans un cadre anonyme et sécurisé, autour de grands enjeux de société.
En complément d’un cours d’EMC, les élèves prennent part à un processus qui reproduit fidèlement celui des élections adultes, du questionnement citoyen jusqu’au passage à l’acte.
La plateforme ne se contente pas d’expliquer ce qu’est une élection : elle engage les jeunes dans une participation réelle, à travers des propositions inspirées de l’actualité démocratique — lois en discussion à l’Assemblée, grandes échéances nationales ou européennes, enjeux socio-environnementaux contemporains.
À l’occasion des municipales, elle invite les participants à se positionner pour ou contre la création obligatoire d’un conseil municipal des jeunes dans toutes les communes, une question directement liée à leur place dans la vie démocratique locale.
Des ressources pédagogiques mises à disposition en amont du vote
Vidéos explicatives, propositions d’ateliers, pistes de réflexion et idées de débats permettent aux élèves de comprendre les enjeux du scrutin, de confronter leurs points de vue et de s’approprier les notions de choix, de responsabilité et de pluralité des opinions.
L’objectif est clair : favoriser une expression citoyenne éclairée, fondée sur l’information, l’échange et l’esprit critique, plutôt qu’un vote purement symbolique. Les résultats sont communiqués aux participants et diffusés publiquement dans un cadre informatif, factuel et non interprétatif.
La prise en compte de la voix des enfants dans l’espace public
Dans un contexte où certaines tendances sociales et médiatiques tendent à invisibiliser les enfants dans l’espace public — parfois résumées par le terme "no-kids", — Majorit’ère adopte une démarche inverse.
Elle choisit de valoriser la parole des enfants, de leur offrir un espace d’expression et un rôle actif dans les débats civiques, et de faire de l’engagement une expérience formatrice plutôt qu’un concept abstrait.
Sans se substituer au droit de vote légal, fixé à 18 ans en France, la démarche complète l’éducation civique, en permettant aux élèves de ressentir concrètement qu’ils peuvent peser, à leur échelle, sur des décisions qui concernent leur présent et leur avenir.
Elle s’inscrit ainsi dans une logique d’inclusion démocratique, reconnaissant que la parole des enfants mérite d’être entendue, prise en compte et valorisée dès le plus jeune âge.
Les scrutins précédents, au-delà de leur préparation et de leur tenue, ont, selon les enseignants participants, suscité la poursuite de discussions en classe autour des résultats, contribuant ainsi à l’installation d’une culture civique au sein des groupes.

La participation des élèves lors de précédents scrutins.
À l’heure où les dispositifs de consultation se multiplient et où la participation des jeunes est souvent jugée fragile, des initiatives comme Majorit’ère contribuent à réconcilier les élèves avec la démocratie.
Non pas comme une obligation lointaine ou abstraite, mais comme une pratique vivante, critique et éclairée. Elles rappellent que la voix des enfants compte — aujourd’hui dans un cadre éducatif, et demain dans les scrutins qui structureront pleinement leur vie citoyenne.
Déborah Le Bloas, fondatrice de Confkids