“Raconte-moi ton histoire.
- La petite fille, elle est en haut. Elle va se laver. Elle dort. C’est fini !”
Nous avons déjà tous rencontré cet élève qui est tout fier de nous présenter son histoire. Oser parler à l’adulte, mettre en mots ces idées sont déjà des compétences expertes pour certains.
Mais… comment réussir à les emmener plus loin ? Comment permettre à un élève de PS de raconter une histoire avec un enchaînement logique ? Comment aider un élève de GS à utiliser des connecteurs comme "soudain", "tout à coup" ?
Voici 5 étapes mises en place dans ma classe de PS MS GS pour aider les enfants à créer des histoires et les raconter en autonomie !
Étape 1 - Donner envie de raconter une histoire
On me demande souvent si mes élèves ne s’ennuient pas à l’accueil, car je n’ai pas de coin d’imitation dans ma classe (pas de coin poupée ou garage). Eh bien non ! Ils jouent et ils inventent même des histoires. Une maison de poupée, des Playmobil, des Schtroumpfs… et en avant les histoires !
En inventant une histoire, les enfants développent bon nombre de compétences langagières, mais aussi de structuration, mémorisation et organisation. C’est donc une activité à développer dans sa classe. Pour donner envie, il faut que les enfants puissent pratiquer, mais aussi entendre des histoires lues et racontées.
La lecture offerte est un bon moyen d’éduquer les enfants aux histoires
Pour les aider à en créer, il est intéressant de lire des livres mais aussi de leur fournir du matériel pour les répéter : marottes, personnages plastifiés, tapistoire. On peut aussi s’appuyer sur la création d’un élève : dessin ou modelage.
"Et qu’est-ce qui pourrait se passer avec ce gâteau ? Et s’il y avait une fête d’anniversaire ?"
Pour commencer, les enfants mettent en scène des histoires connues (dessin animé ou histoire lue), cela les rassure. Ils vont ensuite raconter leur vie quotidienne, ce qu’ils connaissent. Notre rôle est de s’appuyer sur ce langage spontané et de l’aider à le construire.
Mettre à leur disposition des personnages de toutes sortes
Dans notre classe, dans un coin situé à côté de la bibliothèque, on peut trouver des Playmobils, des Sylvanians, des Schtroumpfs, selon le projet en cours. On peut aussi utiliser de la pâte à modeler, des emportes pièces. Les jeux de construction permettent aussi de créer des mondes imaginaires et donc des histoires.



Personnages, figurines : le point de départ de nombreuses histoires…
Lors du temps d’accueil, quand les enfants jouent librement, on doit s’emparer de ces créations individuelles (dessin, modelage, construction) pour développer la compétence "raconter".
Il écoute l’enfant décrire sa construction, son dessin et par des questions, il l’amène vers le raconter et l’incite à quitter le décrire. Il est important que cette trace personnelle soit présentée au reste du groupe classe.
mes conseils
- Proposer à ses élèves un espace à raconter selon un thème : automne, Noël, à partir d’un album.
- Chercher dans sa classe ce que peut contenir cet espace : livre, documentaire, personnages, images, décor.
- Inciter les élèves à découvrir cet espace sur un temps guidé, et on invente des histoires ensemble ; ou s’emparer des créations des élèves en autonomie à l’accueil.
- S’asseoir à côté d’eux et écouter leur histoire, même si elle ne contient qu’une phrase. Nous verrons dans la suite de l’article comment faire évoluer leurs propos.
- Partager l’histoire inventée à tous les élèves : lors du regroupement après l’accueil ou de la mise en commun d’une séance guidée.
Étape 2 - Apprendre à reconnaître le schéma d'une histoire
Je me souviens de cet élève qui jouait tout le temps avec les Playmobil. Quand je m’asseyais à côté de lui pour échanger avec lui, il me disait
“Viens maitresse je te raconte mon histoire : Maman elle fait à manger. Le bébé boit son biberon. Le grand frère va faire dodo. C’est fini !”
3 actions, 3 phrases. C’est très bien ! Mais comment faire progresser cet enfant ?
Une histoire suit une schéma particulier : le shcéma actanciel
Il faut donc aider les enfants à le repérer, le comprendre et le reconnaître. Avec nos élèves de maternelle, on va commencer par un schéma très simple : état initial, problème, solutions, état final. Pour les GS, il est possible d’accumuler des problèmes ou que certaines solutions ne soient pas les bonnes. Le schéma se complexifie ainsi un peu.
Pour repérer le schéma d’une histoire, on peut s’appuyer sur les contes, où il est très lisible. Ces différentes étapes peuvent être symbolisées pour les enfants.
- État initial : Boucle d’or se promène dans les bois. Elle trouve une maison.
- Problème : elle appartient aux ours, qui trouvent Boucle d’or et la réveillent.
- Solution : elle se sauve.
- État final : elle retourne chez elle et n’ira plus dans les bois.

Le fameux schéma narratif…
Des jeux pour aider les élèves qui ne pensent pas avoir d’imagination…
Des jeux comme les dés à raconter, Attrapes rêves d’Asmodee ou encore le jeu Placote Histoires de raconter. Ces jeux donnent à l’enfant le personnage, le lieu, le problème.
À lui ensuite d’inventer l’histoire. Ces jeux peuvent être utilisés en séance de langage avec l’enseignant, pour découvrir le fonctionnement puis en autonomie ou en binôme.
Une des difficultés majeures des élèves est de lier les phases de leur histoire. Et pour cela, ils aiment le “et” et “ensuite”. Afin de développer leur bagage de connecteurs, 3 solutions à faire en parallèle :
- Raconter des histoires devant eux en insistant sur les connecteurs.
- Compléter leur propos quand ils racontent en étant plus précis. “On peut dire ‘enfin’, car c’est la fin de l'histoire, ou ‘tout à coup’, car le loup arrive d’un coup.”
- Faire une chasse aux connecteurs dans les contes et albums de la classe (séance plus difficile, mais très intéressante.) Afin d'aider les élèves à les repérer, on peut lire la page avec les connecteurs puis sans les connecteurs. Le texte est alors plus plat. Et Ils repèrent vite les mots manquants.
mes conseils
- Vérifier que les enfants comprennent qu’il y a plusieurs parties dans une histoire, même s’ils ne maîtrisent pas totalement les termes état initial, problème, solutions, état final.
- Donner un tableau vierge avec ces différentes étapes. Laisser les enfants le remplir : quels personnages, quel lieu, quel problème, quelle solution dans mon histoire ? Ce tableau va servir de point de départ pour inventer une histoire.
- Selon les difficultés des enfants, il faudra approfondir en séance guidée : les étapes de l'histoire, la créativité, les connecteurs.

Le tableau issu du conseil ci-dessus.
Étape 3 - Accompagner, étayer puis laisser libre
"Pendant le mois de décembre, on va inventer une histoire ensemble. Chaque jour, on trouvera, caché dans la classe, un personnage ou un objet. Et ensemble il faudra qu’on le mette dans notre histoire."
On vient de voir que raconter, ça s’apprend. Les élèves apprennent par imitation, mais aussi avec de l'entraînement, en faisant du lien entre plusieurs savoir-faire.
Apprendre par imitation
Les enfants doivent voir et entendre des histoires quotidiennement. Des histoires lues, mais aussi des histoires racontées !
Alors, soit je n’aime pas trop inventer d'histoires et je raconte une histoire connue avec des marottes, soit je me lance et je modèle des personnages, 2 arbres, et nous voilà partis en forêt à la recherche du nez du bonhomme de neige !
Les enfants plus à l’aise peuvent aussi raconter leur histoire devant le groupe classe. Ils donnent ainsi des idées à leurs camarades, sont fiers d’eux et motivent les plus réticents.
Apprendre avec de l’entraînement
Revenons à notre histoire de Noël… Depuis plusieurs années, notre calendrier d’avant-vacances permet aux élèves d’apprendre à raconter les histoires. Chaque jour, nous découvrons une devinette sur un espace de la classe. À cet endroit, les enfants trouvent des Playmobil en fonction du thème de l'année.
À partir de ces personnages et objets, nous inventons ensemble une histoire. Seule obligation : mettre dans l’histoire les personnages ou les objets découverts aujourd'hui.
Nous réinvestissons ainsi le lexique vu dans les projets de début d'année, nous l'enrichissons. Cela me permet aussi d'aborder avec tous le schéma actanciel.
C'est un moment que les élèves apprécient, nous cherchons tous ensemble. À la rentrée de janvier, ils retrouvent les personnages et peuvent inventer leur propre histoire. C'est souvent une période où tous les enfants vont dans le coin des histoires.
Quand les élèves ont passé ces étapes d’apprentissage guidé, ils peuvent utiliser le matériel à leur disposition de manière autonome. La pratique régulière, l'entraînement mais aussi l’apprentissage entre pairs vont leur permettre de développer leur création d’histoires.



Le détail de la séance est à retrouver dans l'encadré ci-dessous.
mon idée de séance
- Proposer aux enfants des personnages (d’histoires connues par la classe ou sortis d’un jeu déjà existant ou encore un petit sujet).
- À partir de ces personnages, inventer de courtes histoires (les enfants peuvent le faire de manière autonome ou en binôme).
- Ajouter un problème (extrait d’histoires connues ou inventé) pour complexifier l’histoire… et trouver une solution !
Ce genre de séance peut être menée en séance guidée où les enfants créent par binôme ou alors sur un temps en dualité. Quand le matériel et les étapes sont connues, les enfants s’en emparent et créent de manière individuelle.
Étape 4 - Garder trace des histoires
"Maitresse, tu viens écrire mon histoire ?"
Quand l’enfant a inventé son histoire, qu’il a joué et mise en scène avec des personnages, il est temps de passer à l’écrit.
Garder en mémoire son histoire va permettre de libérer de l'espace de travail dans son cerveau mais aussi de revenir sur sa trace. On peut reprendre avec l’enfant son histoire. Il va alors pointer des compétences à faire évoluer, au niveau lexical, syntaxique ou d’organisation de la pensée.
Dessin, outils numériques, dictée à l'adulte…
Cette trace écrite, dessinée ou enregistrée peut être transmise directement aux parents. Mais elle peut aussi être mise en valeur et ainsi clôturer le projet “d’inventer une histoire” que s’est donné l’enfant.
3 possibilités s’offrent à nous :
- Je suis disponible (sur le temps d’accueil ou sur un temps d’atelier dirigé spécifique pour la création d'histoires), alors je peux faire une dictée à l’adulte avec l’enfant. Ce temps de dictée permet aussi de retravailler la logique de l'histoire, la syntaxe et le lexique.
- Je ne suis pas disponible immédiatement, alors l’enfant peut dessiner son histoire, ou prendre une photo de son modelage ou de sa construction. Nous y reviendrons ensemble plus tard.
- Je possède des outils numériques dans ma classe (tablette et application BOOK CREATOR, ou encore des pinces enregistreuses): l’enfant peut enregistrer son histoire de manière autonome.
mon idée de séance
- Dans le coin des histoires, avoir un carnet à disposition. Quand un enfant raconte une histoire, s'asseoir avec lui et écrire son histoire.
- Chercher avec un lui un titre à son histoire. Le cahier est complété à chaque fois qu’un enfant veut garder trace de son histoire. Lire les histoires écrites mêmes les plus courtes sur un temps de regroupement.


Les traces écrites des histoires des élèves.
Étape 5 - Mettre en valeur les histoires
“Tu as vu, c’est moi qui l’ai fait le film. TOUT SEUL !"
Maintenant que l’élève sait inventer une histoire, la mettre en mots et la garder en mémoire pour retravailler dessus si besoin, il faut l’aider à la mettre en valeur pour lui, mais aussi pour qu’il la montre à qui il veut.
Mettre en valeur permet à l’élève de développer sa confiance en lui mais aussi d’avoir une trace “propre”, nette et lisible par tous. Selon les envies et les capacités des élèves, ils peuvent dessiner leur histoire ou prendre une photo.
L’adulte peut alors écrire le texte raconté par les enfants. Les élèves peuvent aussi copier des phrases ou encoder des mots pour les plus performants.
mon idée de séance
Pour commencer et rendre les élèves autonomes sur les différents outils, il est plus facile de commencer avec des mises en valeur sur des histoires connues. Par exemple, faire une BD pour Boucle d’Or.
- Choisir les étapes importantes, obligatoires de l’histoire (9 si on divise la feuille en 9 cases).
- Détailler un épisode et le faire dessiner (certain enfants peuvent faire les 9 en une seule fois, pour les plus fragiles; il est pertinent de les accompagner à chaque fois).
- Reproduire les dessins, faits au brouillon, sur une feuille plus grande. Les repasser au feutre noir.
- Mettre ses dessins en couleur (feutre, aquarelle). Les élèves peuvent dicter les textes à l’adulte, les taper à l'ordinateur ou les recopier.
- Présenter les BD à à la classe entière !


Les BD issues de la séance détaillée ci-dessus.
Faire un film de son histoire avec Book Creator
Il est aussi possible d’utiliser les outils numériques pour mettre en valeur leurs histoires : prendre une photo de son dessin et s’enregistrer avec Book Creator, photographier sa construction et s’enregistrer.
On peut aussi prévoir des petits livres que les enfants peuvent utiliser pour dessiner leur histoire. Il faudra alors les aider à séparer les différents moments de l'histoire. Si la BD a été travaillée en classe, les élèves peuvent aussi compléter une planche de BD pour garder trace de leur histoire.
Un projet un peu plus long mais tout à fait réalisable par la suite en autonomie est de réaliser un film en stop motion. Cela demande juste quelques séances de manipulation guidée avec l’adulte en amont. Ensuite, les enfants (MS GS) sont capables d’utiliser l’application en autonomie.


Le stop motion avec Book Creator.
Tout enfant aime se créer des histoires, s’inventer un monde imaginaire…. Quelle fierté de réussir à l’inventer, la raconter et la garder pour la montrer à sa famille.
Un défi que les élèves de la PS à la GS aiment se lancer et arrivent à réaliser. On accompagne, on guide, puis on laisse libre cours à la créativité de nos élèves, pour un langage oral qui se développe de plus en plus !
Délia Gobert, PEMF en maternelle depuis 2013
Créer une histoire par la dictée à l’adulte
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