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Pourquoi installer un espace créatif autour des mandalas dans sa classe ?

Cycle 13 min
Delia Gobert
Delia GobertProfesseure des écoles depuis 2012 et auteure du blog del-en-maternelle.fr

Comment, à partir d’une création libre d’un élève, l’amener vers les apprentissages attendus en fin de cycle 1 ?

"Regarde maîtresse, ma belle forêt !
- Peux-tu m’expliquer pourquoi c’est une forêt ?"

Un moment fréquent dans notre classe : un enfant crée et décrit son travail. Mon rôle d’enseignante est alors de le questionner afin que derrière ces petits objets il construise un apprentissage, voire plusieurs.

Les réseaux sociaux nous inondent de magnifiques espaces créatifs, avec toutes sortes de petit matériel pour créer des mandalas. C’est joli !  Et ça me plait ! Cela ferait un lien dehors-dedans, car mes élèves en font en classe dehors avec des objets naturels

Allez, je me lance ! Comment le mettre en place dans ma classe, et surtout pourquoi ?

1) Parce qu'il faut offrir du temps à nos élèves pour créer

“Il est l’heure de ranger !
- Je n’ai pas fini, maîtresse, attends !”

Nous avons tous vécu ce moment, où l’enfant impliqué dans son activité ne veut pas ranger. Dernièrement, je l’ai vécu en tant qu’élève : devoir stopper son moment créatif car il est l’heure. C'est un acte extrêmement difficile pour un adulte… Alors imagine pour une enfant de 3 ans. 

Pour moi, c’est essentiel de permettre aux enfants de laisser libre cours à leur imagination. Pour cela, il faut leur donner un espace spécifique où trouver le matériel pour créer, mais aussi le temps de le faire. Le temps de découvrir le matériel, de trouver une idée et de se mettre en action.

à quoi sert la créativité ?

Elle permet de développer bon nombre de compétences scolaires, mais aussi psychosociales : confiance en soi, échange avec l’autre, prise en compte d’idées différentes, développement du geste graphique, de la motricité fine, acquisition de nouveaux lexiques. 

 

C’est pourquoi elle occupe une place importante dans mes différents projets, séquences mais aussi dans l’aménagement de l’espace. Dans notre classe, plusieurs espaces permettent aux enfants de développer leur créativité. Je t'en parle plus en détail ici !

Comment faire quand nous courrons tous après le temps ? 

Dans l’espace art, un chariot, des sets de tables, des loose parts et toutes sortes de petits objets : voici notre espace mandala ! 

Avec ce matériel, qui varie selon les saisons et/ ou les projets, les enfants vont pouvoir créer librement, inventer des organisations spatiales, faire des essais, recommencer, construire à 2 ou seul. Ils vont aussi développer des compétences sociales, langagières et mathématiques. 

Quand jouer ? Quand créer ? 

Plusieurs pistes sont possibles pour laisser un temps de création aux élèves, selon le moment de l’année et la connaissance de l’espace par les élèves :

  • sur un temps d’atelier (prévoir environ 20 min la première fois) guidé puis autonome ;
  • sur le temps d’accueil ;
  • quand une activité est finie.

 

Durant toutes ces étapes, l’enfant manipule, cherche, essaye, recommence. Il développe sa créativité mais aussi sa patience, sa frustration et son langage. Ces temps de création me permettent de découvrir mes élèves autrement, d’en apprendre beaucoup sur eux. 

Des profils qui peuvent aider pour constituer ensuite des groupes, différencier, s’appuyer sur un point fort d’un élève : 

  • l’enfant qui commence un mandala et va jusqu’au bout ;
  • l’enfant qui commence et abandonne ;
  • l’enfant qui met tout sur le support sans réelle organisation ;
  • l’enfant qui utilise le minimum d’objets ;
  • l’enfant qui remplit le support de manière organisée.

 

L’adulte doit aussi accepter que pour certains la création demande plus de temps (à commencer ou à terminer). Il est alors possible d’expliquer à l’enfant qu’il peut continuer sa création et qu’il fera le travail demandé plus tard. On prend ainsi en compte le besoin et le plaisir de l’enfant de créer. 

Nous allons voir dans la suite de l’article que ceci n’est pas une perte de temps ou de l’occupationnel. Et si l’enfant n’a pas fini son mandala, le mettre de côté avec une étiquette prénom dessus, afin qu’il puisse le terminer plus tard.

Il faut accepter toutes sortes de créations : des plus minimalistes ou plus chargées, des plus cadrées au plus désorganisées. Et accepter que l’enfant termine sa création sans l’interrompre. Elle sera support de plusieurs apprentissages ensuite !

 

2) Pour pouvoir faire évoluer l'espace créatif

“Maîtresse, pourquoi il n’y a plus les arbres ? Tu as changé le matériel, c’est nouveau dans le chariot !”

un peu de théorie

Dans la pédagogie Reggio Emilia, l’espace est le troisième éducateur.  Le premier éducateur est l’enseignant, le deuxième les pairs et le troisième l’espace. 

 

Chaque enfant a besoin de créer, d’imaginer pour avoir un regard sur le monde qui l’entoure. Pour garder son envie et son plaisir de créer, l’espace mandala évolue au fil des mois.

 Comment organiser son espace mandalas ?

 

  • Il est important de ne pas surcharger l’espace afin de faciliter le rangement mais aussi le choix des objets par les plus jeunes. Un espace bien organisé par taille, couleur, forme, matière permettra aux élèves de le garder rangé au fil des jours et de structurer leurs créations.

 

  • Mettre le matériel sur un chariot permet à l’enfant de déplacer facilement l’ensemble des petits objets. Il peut ainsi aller créer là où il souhaite. Dans certaines classes, on le trouve sur un touret ou une table spécifique avec le petit matériel autour.

un exemple autour des couleurs

Choisir une gamme de couleurs permet aussi d’avoir un rendu de mandala plus « beau », harmonieux. On peut changer selon les périodes :

  • P1 : couleurs primaires => les PS manipulent et nomment ces couleurs en priorité.
  • P2 : Orange / marron / rouge => couleurs de l’automne + éléments ramassés dehors (cailloux, bâtons, glands, marrons, noix).
  • P3 : blanc, bleu, transparent => l’hiver et le froid ; noir et blanc / rouge / vert => Noël.
  • P4 : rose / vert => le printemps.
  • P5 : jaune/ bleu => été.

La forme du support du mandala induira des organisations : un set de table rond incite à entourer, un set de table rectangle à aligner, une feuille avec un trait à aborder la symétrie.

3) Pour libérer la création et étayer par le langage

“Ce matin, A. a fait un mandala. Il a fait une forêt. Êtes-vous d’accord ? Oui, il y a beaucoup d’arbres, on reconnaît la forêt. C’est très bien ! Comment pourrait-il les organiser autrement ? en ligne, un grand à côté d’un petit.”

Faire un mandala veut dire imaginer, s’organiser, se contrôler mais aussi décrire, expliquer, faire des liens entre les apprentissages. Mes questions vont permettre à l’enfant de poser les mots sur ce qu’il a fait. Mon langage s’adapte à l’enfant et à ses capacités. 

Revenons à notre forêt. A. m’explique qu’il a mis des arbres, fait un chemin et mis beaucoup de champignons. Par mes questions, je vais l’amener à réinvestir du lexique déjà abordé en classe, à faire des liens entre différents domaines et ainsi activer sa mémoire.

Ce moment de langage en dualité a permis de redéfinir la forêt, réutiliser du vocabulaire vu en maths, s'entraîner sur une compétence mathématiques (énumérer).

Comme toute activité nouvelle, il faut un temps de découverte libre

Le jeu peut donc être mis à l’accueil ou à un atelier autonome. Mais attention, la découverte est libre, cependant il est nécessaire de revenir sur ces premiers mandalas. Soit en individuel avec l’enfant soit en collectif afin de motiver les autres enfants à se lancer et créer des échanges langagiers à partir de la création.

Les premiers échanges vont permettre de mettre en avant des organisations particulières : rempli, aligné, entouré. C’est à ce moment que la posture de l’enseignant va évoluer : il va faire décrire sa création à l’enfant puis par des questions l’amener à structurer encore plus son organisation. Les questions vont dépendre de l’âge et des compétences des enfants.

Exemples de questions ou guidages possibles

  • Pour un PS : "Tu en as mis beaucoup, en bazar. Comment peux-tu les organiser la prochaine fois ? en ligne ? un à côté de l’autre ?”
  • Pour un MS : “Regarde ici tu as aligné quelques cônes, c’est très bien. Pourrais-tu le faire avec tous ? Tu peux aligner les objets et faire quelque chose en plus ? alterner par exemple.”
  • Pour un GS : “Tu as fait des cercles, et si la prochaine fois dans le cercle tu alternais les objets ? Tu peux aussi organiser les cercles en cercles concentriques, du plus grand au plus petit.”

 Cette activité mandala peut ensuite avoir 2 objectifs bien distincts :

  • Rester un moment de créativité libre, MAIS sans oublier le temps de langage, qui vient ensuite et permet de mettre des mots sur l’organisation de l’enfant et la faire évoluer.

 

  • Développer la créativité tout en réinvestissant des compétences. Par exemple, avec des consignes plus directives qui permettent le réinvestissement d’autres compétences :
    • "crée un flocon de neige" ;
    • “crée un mandala avec des paquets de 3 éléments” ;
    • "crée un mandala avec une couleur".

 

Les consignes peuvent varier : “crée un mandala avec des éléments par 3 ; avec 4 couleurs”.

4) Pour apprendre seul… Et avec les autres

"Tu as vu maîtresse, j’ai fait comme A. J’ai fait une forêt aussi. Moi j’ai mis un arbre au milieu et beaucoup autour. Maîtresse, je peux prendre une photo pour mettre dans le musée ?”

Que la création soit sur un temps d’accueil, en atelier dirigé ou autonome, les mandalas doivent être montrés au groupe classe. Dans le groupe classe, l’enfant apprend grâce à ses essais mais aussi en copiant, imitant les autres. Les premières fois, l’enfant montre et décrit (s’il en a envie), puis l’enseignant peut aider à la description.

Ce temps de langage en direct ou en différé (en situation ou d’évocation) va permettre aux élèves de structurer à la fois leur pensée, mais aussi leur langage. Les créations suivantes seront souvent plus fournies et cadrées que les premières.

Mes conseils pratiques

  • Pour commencer, cette mise en mots peut se faire en dualité ou en tout petit groupe. Mais par la suite, cela peut être sur un temps collectif juste après la création ou en différé à partir d'une photo prise par l’enfant.

 

  • Au fil des présentations, la présence de l’adulte sera moindre : les enfants prendront eux-mêmes en charge le questionnement ou la description de la création.

 

  • Ainsi, chacun apprendra : celui qui a créé, mais aussi ceux qui questionnent. Les idées de l’un nourrissant les idées de l’autre. Ces échanges vont aussi permettre des créations en binômes, moment riche en échanges oraux.

 

  • Les créations peuvent être prises en photos et exposées ensuite dans l’espace ou rangées dans un livret. Elles serviront d’inspiration ou alors de modèle pour reproduire à l’identique. Cela permet aussi de montrer qu’à partir d’une consigne, il est possible d’avoir plusieurs réponses et idées possibles.

 

N’est-ce pas là que mène la créativité : répondre à une question par plusieurs réponses possibles ?

La créativité prend une part de plus en plus importante dans ma classe. Elle permet à chaque enfant de prendre du plaisir mais aussi de développer ses fonctions exécutives et des compétences langagières. Elle me permet aussi d'en apprendre plus sur chaque enfant.

Imaginer, créer sont des compétences transversales : développer avec les mandalas elles peuvent ensuite être transférées pour inventer une histoire ou résoudre un problème mathématique.

 

Délia Gobert, PEMF, en classe de PS MS GS depuis 2015

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