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Monsieur Z et la fenêtre d'Overton pédagogique

Cycle 3 à Lycée3 min
Monsieur Z
Monsieur ZProfesseur de Lettres/Histoire-Géo en lycée professionnel

Chaque année qui passe voit repousser notre fenêtre d’Overton pédagogique. Voilà un début de chronique qui ferait sensation dans les matinales de chaîne info. Z avoue qu’il a mis la barre assez haut pour ce mois.

Mais définissons ensemble ce qu’est ce concept...

La fenêtre d’Overton fonctionne sur la notion de ce qui est socialement acceptable - notion qui se déplace en fonction des époques. Ce qui paraissait absurde devient banal aujourd’hui. Et sans doute dans les compétences de l’enseignant demain.

Donc, adapter ce concept à nos boulots d’enseignants… c’est lourd de sens, et quelques exemples ici vous feront j’en suis sûr, froid dans le dos et les mocassins.

1) Les tenues des élèves

Le pyjama à licornes affublé de Crocs chaussettes Luigi Mansion pour un oral pro ? Cela révèle sans doute le haut potentiel artistique du candidat. Là où on renvoyait le même candidat 60 ans plus tôt pour un nœud de cravate mal ajusté…

Le jogging moulant qui envahit les couloirs et déserte les cours d’EPS ("Ah ben, avec moi, Enzo n’est jamais en tenue de sport. Il a peur d'abîmer ses affaires…").

2) Les comportements des élèves

Vous reprenez sans doute cet élève qui vous a appelé "frère" ce jour, alors que vous n’étiez que "le zin" la semaine dernière. Quid de cet arbre généalogique douteux ?

Ou un grognement en signe de bonjour dans une entrée en classe plus que brumeuse. Oui, mais un grognement respectueux. Motivé.

Idem pour l’attention des apprenants : la fenêtre s’est envolée, évaporée

Non, mais sans doute déplacée.  Autrefois, on observait le tableau pour recopier la trace écrite. 

Aujourd’hui, on regarde son téléphone qui a pris une photo du tableau et de la trace écrite et on dit qu’on recopiera celle-ci ce soir, car “là y'a vraiment trop de bruit en classe.” Avant d’éructer sa joie.

3) La notation

Du cours magistral de Monsieur Roussel, qui dictait nonchalamment les règles de grammaire anglaise et nous faisait faire les exercices 1,2,3,4,6 de la page 41 : 

“- Pourquoi pas le 5 Monsieur ? 
- Le 5, c’est de l’oral, on a pas le temps." 

… à l’escape game de co-animation qui se terminera par un Kahoot ou défi TikTok… N'y avait-il qu’un pas à faire ? 

Notation avec bonnet d’âne pour les plus sots. OU tampon “emoji raton laveur” pour “compétence transversale en cours d’acquisition”. Le tout dans un bruit pédagogique stimulant les aptitudes des élèves. Ouais, un bordel ambiant.

4) Et les profs, dans tout ça ?

En adaptation constante face à une société en pleine mutation. 

Ils naviguent entre bienveillance généralisée, instances maudissant la note sanction et inspection vous demandant toujours plus, y compris une coloscopie récente pour plus profond de vous-même et de votre parcours d’enseignant.

Et quid de l’avertissement d’hier, prononcé au bout du troisième incident de cours (cette chute de règle métallique heurtant le sol en cercle de parole aroma-thérapeutique), autour de jet de la chaise en cours de science. "Ca va, on faisait l’attraction terrestre !"

5) Et les parents ?

Extrêmement impliqués dans la vie de l’élève… Mais également dans la vôtre, avec la visioconférence de 40 min autour de la thématique "votre enfant et le matériel”. Mais aussi la trentaine de messages envoyés de 21 heures à 04 heures du matin :

"Je ne sais pas si Mathilde vous a dit que j’étais infirmier de nuit, c’est pour ça que je vous envoie un texto à mon arrivée au taff."

Messages qui n’oublieront pas de justifier les absences de nos petits :

“Mon fils vous donnera le justificatif de son sorcier thérapeute.” "Ma fille n’a pas trouvé votre nuage numérique, elle fait beau chez nous là." 

Alors oui, cette chronique a un côté un peu populo réac', mais j’avais prévenu dans mes propos liminaires : "une chronique média”... mais pas tout est à jeter par cette fenêtre…

 

On ne bouge pas la fenêtre d’Overton, c’est elle qui nous engloutit…

 

Monsieur Z., prof de lycée pro quelque part en France, dont l'humour sévit sur Facebook et sur Instagram. 

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