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5 pistes pour changer le regard des élèves sur la biodiversité

Cycle 1 à Lycée4 min
Jonathan Faivre
Jonathan FaivreProfesseur de SVT en lycée depuis 2013 Formateur Réseau Canopé

Si des enfants prennent un papier et un stylo et que vous leur demandez de représenter "la nature", d’après vous, que vont-ils dessiner ? 

Si je vous disais que sur 420 dessins, 80% contiennent 3 espèces ou moins. 
Si je vous disais que seuls 23% des dessins intègrent l’homme. 
Enfin, si je vous disais que dans plus de la moitié des dessins ne figurent aucune interaction entre les organismes. 

Surpris·e ? Pourtant, c’est ce que montre une grande étude menée par le Muséum d'histoire naturelle, en collaboration avec le CNRS et en partenariat avec l’académie du Climat. Je vous propose d’explorer des pistes pour enrichir la vision de la biodiversité des enfants.

Piste 1 - Exploiter les jardins pédagogiques existants

Les jardins pédagogiques sont des lieux que l’on retrouve de plus en plus dans les écoles, collèges, lycées mais aussi dans l’enseignement supérieur. Dans mon dernier lycée, un jardin pédagogique était déjà en place. 

Dès lors, sous l’impulsion d’une équipe dynamique de collègues, j’ai pu rapidement engager mes classes dans une réflexion pour développer des aménagements comme des mangeoires, des nichoirs, des hôtels à insectes, etc. 

Quelle que soit l’idée n’hésitez pas et lancez-vous, les bénéfices de la pédagogie de projet vont au-delà du seul projet en dynamisant tout un groupe !

Ces jardins sont l’occasion pour les élèves d’être en contact avec la biodiversité. Vous avez peut-être déjà dans votre établissement un tel lieu. Ou peut-être souhaitez-vous mener un projet de jardin pédagogique dans votre établissement. 

Qu’est-ce que les élèves mobilisés vont apprendre ? Qu’est-ce qui est donné à voir à ceux qui le visiteront ?

Comme tout projet, il est conseillé d’élaborer des objectifs pour votre jardin pédagogique. Par exemple, fixer comme objectif la culture d’espèces locales (non exotiques) peut être un angle de réflexion intéressant pour les élèves qui auront à se renseigner sur l’origine des graines et / ou des plantes dont ils auront la charge.

Cette approche qui paraît anodine, peut-être même évidente (?), est fondamentale car elle peut être source de questionnement sur ce qui est considéré comme local, exotique voire invasif. 

Cela peut aussi permettre d’engager des réflexions sur les conditions climatiques du lieu ou les exigences des plantes sélectionnées. La réflexion peut être élargie au changement climatique en classe et comment la structure et la composition du jardin pédagogique peut-elle être adaptée à ces nouvelles contraintes.

pour s'inspirer...

De nombreux projets sont menés dans les académies, vous pouvez par exemple consulter le site des Jardins de Créteil, qui propose de nombreuses actions et activités autour des jardins pédagogiques

 

Vous trouverez aussi de nombreux conseils pour entretenir tout au long de l’année un jardin pédagogique via des pratiques respectueuses du sol et de la biodiversité.

Et pourquoi pas se lancer dans une spirale aromatique ? Une mise en œuvre simple pour un résultat esthétique et des exploitations pédagogiques possibles chaque année. Photo Jonathan Faivre pour le site du lycée Paul Eluard de St-Denis, sur Des aromatiques qui donnent le tournis !

action !

  • À partir d’un idée, rédiger un pré-projet sur une page recto avec vos objectifs, ce que vous souhaitez faire avec quelle classe, etc.
  • Parler de votre projet à vos collègues et rassembler les bonnes volontés !
  • Informer votre chef d’établissement afin d’étudier les faisabilités matérielle, financière, etc avant de vous lancer dans la rédaction plus détaillée de votre projet.

Piste 2 - Limiter les biais taxonomiques

Si je vous demande de me citer un organisme. Vous me dites "panda" ? "Abeille" ? "Lion" ? C’est ce qu’on appelle dans le jargon un biais taxonomique. Ceci indique que certaines espèces, animales ou végétales, sont très bien connues, alors que d’autres organismes nous sont totalement inconnus. 

Ceci est aussi valable à l’échelle des groupes d’organismes. Par exemple, on connaît plus de mammifères que de poissons (actinopterygiens). Pourtant, on connaît 5000 espèces de mammifères actuellement, contre plus de 23 000 poissons du groupe des actinoptérygiens. 

Mais pas de panique : nous ne sommes pas les seuls à être concernés, la communauté des chercheurs aussi ! Ainsi, nous aurions tous tendance à privilégier des espèces emblématiques. 

Mais alors, comment faire pour limiter ce biais chez les élèves ?

À l’école, l’étude des plantes et de leur croissance peut être conduite avec des graines appartenant à différentes espèces (autres que le traditionnel haricot) faciles à faire germer comme la lentille, le pois ou le radis. 

Cela peut permettre également d’éveiller les enfants à la diversité des espèces et de leur morphologie. L’étude des animaux se fait traditionnellement via l’entretien et l'observation d’élevages. Là encore, on peut envisager des élevages différents selon les niveaux de classe par exemple, ce qui permettrait de diversifier les espèces étudiées par les élèves. 

Parmi les animaux classiques à élever, on peut citer les poussins, l’escargot, le phasme, le cloporte ou le ver de terre. Dans le cadre de ces élevages, on peut aussi observer avec les élèves les interactions entre les espèces animales et les plantes.

Que cela soit à l’école, au collège ou au lycée, pourquoi ne pas privilégier des groupes d’organismes moins connus et locaux pour illustrer certaines notions ou concepts biologiques, en évolution ou encore en écologie. 

  • À l’école

On peut par exemple jouer avec les albums et les histoires en y ajoutant les animaux dans la forêt, la prairie ou la mer. 

C’est l’occasion de verbaliser avec les élèves les interactions que les espèces entretiennent entre elles et de les positionner dans leur milieu de vie et de réfléchir sur les conditions nécessaires à leur vie.

  • Au collège et au lycée

Dans le cadre des SVT, on peut commencer par reprendre ses activités déjà construites en repérant les espèces qui font l’objet d’un biais taxonomique et les substituer par des espèces moins connues du grand public. Au cours de l’activité, on peut aussi identifier voire noter les questions et remarques des élèves qui pourraient être exploitées et partagées à l’ensemble du groupe.

Toujours en SVT, les élèves sont amenés à découvrir les écosystèmes et leur fonctionnement mais aussi à classer les êtres vivants dans le cadre d’études phylogénétiques. 

Ainsi, lorsqu’on construit un arbre phylogénétique c’est peut être l’occasion de leur présenter des êtres vivants qui vivent dans les écosystèmes français et européens, que ce la soit animaux ou végétaux, qu’ils ne sont pas habitués à rencontrer, des espèces étonnantes pour susciter leur curiosité. 

Ce travail peut aussi faire l’objet d’un prolongement en faisant des fiches d'identification d’espèces qui peuvent ensuite être affichées au CDI.

action !

  • Demander à chaque élève de vous citer un être vivant.
  • Recenser toutes les propositions des élèves dans l’ordre.
  • Identifier les espèces citées et discuter avec eux de la notion de biais taxonomique.

Piste 3 - Mettre en lumière les interactions !

La biodiversité est un concept complexe qui se déploie à différentes échelles (génétique, des espèces ou encore des écosystèmes) et qui comprend une dimension systémique, c’est-à-dire que l’on tient compte des interactions que les espèces entretiennent entre elles, on parle aussi de relations interspécifiques.

Là encore, que cela soit à l’école, au collège ou au lycée, il est possible de s’intéresser aux interactions entre les espèces lors d’activités portant sur des notions et concepts en biologie, en écologie et en évolution.

  • À l’école

Les interactions entre espèces et même l’action de l’homme peuvent être l’objet d’une verbalisation avec les élèves. On peut par exemple penser à l’album intitulé 10 petites graines qui peut permettre d’entrer dans les relations entre espèces par l’image. 

Les enseignants du 1er degré connaîtront probablement d’autres albums ou histoires qui se prêtent à ce jeu d’identification des relations entretenues entre espèces, on peut penser à “la chenille qui fait des trous”. 

L’important étant ici de l’évoquer au gré de la lecture et du travail pédagogique mené sur l’histoire. On peut aussi envisager des jeux simples du type qui mange qui permet de mettre en lumière deux interactions simples : carnivorie et herbivorie.

  • Au collège et au lycée

Ces interactions peuvent être appréhendées à travers la schématisation et d’étude de cas car la connaissance du concept d’écosystème, son fonctionnement et les services qu’il peut rendre sont au programme des sciences de la vie et de la Terre. 

Le travail dans le jardin pédagogique sur les espèces plantées peut aussi amener les élèves à réfléchir sur les interactions qu’auront la plante avec les autres organismes du milieu en adaptant le travail en fonction de l’âge des élèves. 

Ceci rejoint aussi l’idée de travailler avec des espèces locales plus adaptées, car elles pourront y trouver les espèces avec lesquelles elles interagissent dans les écosystèmes naturels. Par exemple, les oiseaux vont se nourrir des cerises et disséminer les noyaux facilitant la germination de nouveaux plants éloignés du pied parental. 

Cette interaction est un mutualisme car il y a bénéfice réciproque entre l’oiseau et le cerisier.

Que cela soit via une activité en classe ou à l’occasion d’une sortie dans le jardin pédagogique de l’établissement ou à l'extérieur, on peut faire travailler les élèves sur l’explicitation des interactions entre espèces. 

Puis on peut les inciter à communiquer ces interactions à travers un schéma. Ce schéma peut même être co-construit avec les élèves tout au long de l’année, au gré des interactions rencontrées. Un travail en amont sur la progression est dans ce cas conseillé.

Être capable d’identifier des interactions entre espèces c’est aussi un premier pas pour comprendre comment des modifications de l’écosystème, qu’elles soient naturelles ou anthropiques, peuvent impacter l’ensemble des espèces présentes dans le milieu. Là encore, l’usage d’un produit insecticide ciblé contre le charançon va agir contre cet insecte et va probablement avoir un effet sur d’autres espèces. Ainsi, si un oiseau mange un charançon, alors ce dernier sera exposé à l’insecticide.

L’installation de mangeoires peut être l’occasion de réfléchir aux interactions entre les oiseaux et les plantes à l’état naturel (graines mises à disposition) et sur leurs interactions avec leurs prédateurs (chats en milieu urbain par exemple). Par exemple, les mangeoires doivent être éloignées des arbres pour éviter d’exposer les oiseaux aux prédateurs.

action !

  • Exploiter des activités ou des projets simples pour illustrer les interactions entre espèces.
  • Inciter les élèves à schématiser les interactions
  • Nommer ces interactions (carnivorie, herbivorie, mutualisme, etc)pour qu’ils soient capables de les réinvestir.

Piste 4  - Pourquoi ne pas sortir ?

Chez ÊtrePROF, le mouvement de la classe dehors n’est pas passé inaperçu ! Faire classe dehors, en quoi ça consiste ? C'est enseigner dans l'environnement extérieur et l’utiliser comme support d'apprentissage. 

Tous les élèves, de la maternelle au secondaire, peuvent observer, découvrir, explorer, questionner et expérimenter dans la nature et sur la nature. Cette approche complémentaire au travail réalisé en classe permet d’acquérir des connaissances et des compétences dans diverses disciplines et est aussi un contexte particulièrement approprié pour observer les espèces, leurs traces et les interactions qu’elles entretiennent.

La pratique de la classe dehors consiste à déployer des activités sur le terrain

On le comprend, sortir de classe est plutôt adapté, voire même recommandé dans certaines disciplines à travers des sorties de terrain, lorsque l’on souhaite étudier la biodiversité.

En effet, les espèces sont observables directement sur leur lieu de vie. Et il ne faut pas aller loin pour observer les espèces, la cour suffit amplement même en milieu urbain pour peu qu’elle soit végétalisée. 

On peut consulter cette ressource afin de mobiliser les élèves de cycle 2 autour de la découverte de la notion de biodiversité.

D’autre part, on peut parfois observer des interactions entre espèces in situ. Ce type d’étude est aussi particulièrement adaptée pour identifier les traces d’activités humaines mais aussi l’influence de l’homme sur les espèces et les écosystèmes naturels qu’elle soit positive ou négative.

Faire classe dehors, c’est l’occasion de récolter des informations issues de l’observation


… Et les exploiter directement, à travers la réalisation de photo pour ensuite les traiter par exemple ou encore dessiner les paysages et / ou les espèces ainsi que les interactions potentiellement identifiées.

Toutes les productions associées au temps d’apprentissage dehors doit, dans la mesure du possible, pouvoir être exploité, sur site ou plus tard en classe, afin de renforcer les liens entre les notions et concepts visés et les observations réalisées sur le terrain. 

Pour vous lancer, commencez par concevoir une séance ou une sortie à la journée en y associant des collègues intéressés. Préparez votre sortie avec les élèves en leur explicitant les objectifs et en préparant avec eux le matériel nécessaire à son bon déroulement. Vous hésitez encore ? Vous pouvez consulter l’article de Sylvie, qui vous dit tout pour surmonter les freins à la pratique de la classe dehors.

action !

  • Explorer la cour de votre établissement pour la cartographier.
  • Noter tous les éléments que vous pourrez y trouver qui pourraient avoir un lien avec la biodiversité (arbres, parcelles aménagées ou non, éléments ornementaux, mobiliers, etc).
  • Élaborer une activité ou les élèves auraient à réaliser une banque de photos de la cour.
  • Prolonger cette activité en réfléchissant aux possibles exploitations de l’existant.

Check-list pour se lancer dans l'école dehors

Fiche outil

Cycle 1

Faire classe dehors apporte des bénéfices à tous les élèves comme à l’enseignant ou l’enseignante : bien-être et acquisition de compétences de fin d’année et de fin de cycle. Les différents apprentiss…

 

Piste 5 - Explorer les services rendus par la biodiversité

Les sociétés actuelles reposent sur la biodiversité, que cela soit pour l’alimentation, la production de textiles ou de mobiliers, la santé humaine, etc. Un grand nombre d’espèces a été identifié par l’homme pour les services qu’elles pouvaient apporter aux sociétés humaines. 

Les exemples sont nombreux pour établir ces liens. Une première entrée particulièrement efficace est celle du biomimétisme. On peut citer l’exemple de la bardane, qui a inspiré les ingénieurs qui ont conçu le Velcro

  • À l’école

Il est possible de faire des liens simples entre l’alimentation et la biodiversité à travers des exemples concrets comme celui du pain et du blé, celui des produits laitiers et des vaches, celui de la laine de certains ovins et des vêtements, etc. 

Expliciter les liens entre les objets et aliments du quotidien permet aux élèves de prendre conscience de la diversité des espèces impliquées directement ou indirectement dans leur quotidien. Ceci renforce les liens qu ‘ils entretiennent avec la biodiversité.

Cette explicitation peut se faire par des temps de verbalisation avec les élèves en maternelle ou par des visites de ferme au cours desquelles les élèves pourront fabriquer le pain et comprendre l’origine de la farine par exemple. 

  • Au collège et au lycée

Les apprentissages peuvent être élargis par l’étude des services écosystémiques. La fondation pour la recherche sur la biodiversité désigne ces services écosystémiques comme “les bénéfices offerts par la nature, les espèces vivantes et les écosystèmes, aux populations humaines”.

L’étude et la prise de conscience de la contribution de la nature au quotidien des élèves est un pas important vers sa préservation. Ainsi, de nombreuses disciplines peuvent être mobilisées afin d’enrichir la vision des élèves.

Deux exemples concrets de projets d'EDD à l’initiative des élèves

Fiche outil

Cycle 3 à Lycée

Voici des exemples concrets qui, je l’espère, vous donneront envie de vous lancer et vous permettront de cerner les moyens de dépasser les freins liés à l’élaboration d’un projet de ce type !

par exemple...

Cela peut être dans le cadre de l’étude de la route de la soie en histoire-géographie au collège, ou encore à travers l’étude du chlordécone dans les Antilles et ses divers impacts sur les écosystèmes et la santé humaine. 

 

On peut également mobiliser les élèves suivant l’option théâtre, comme dans le projet La biodiversité mise en scène proposé par des élèves de 2nde qui ont proposé un projet original de sensibilisation.

action !

  • Inciter les élèves à poser sur papier leur emploi du temps de la journée.  
  • Lister, pour chaque temps de la journée, ou se déroule ces moments et ce qui est utilisé, mangé, bu, etc.
  • Déterminer, pour chaque élément listé, son origine et son potentiel lien avec la biodiversité.

L’étude menée par Philippe Grandcolas et Hélène Letourneur révèle un probable appauvrissement de la vision qu’ont les enfants de la nature et de la biodiversité. 

Les pistes proposées dans cet article ne sont pas exhaustives, mais elles ont pour seul but de vous inciter à exploiter les temps d’apprentissages que vous jugerez pertinents, dans le but de construire une représentation la plus fidèle de la biodiversité, et donc la moins biaisées, chez les élèves.

 

Jonathan Faivre, ESAS de SVT à l’université Sorbonne Paris Nord depuis 2021, professeur de SVT au lycée pendant 7 ans et Formateur à Réseau Canopé durant 2 ans.

Intégrer la transition écologique au coeur de sa pédagogie

Fiche outil

Cycle 3 à Lycée

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