Qui n'a pas vécu ces moments douloureux où, après avoir passé plusieurs heures à préparer une analyse de texte, notre enthousiasme se heurte à l'indifférence, voire l’hostilité de nos élèves ?
L'un de nos principaux défis en tant que profs de français est de donner aux élèves l'envie de s'investir dans la lecture des œuvres proposées. Cette adhésion peut passer par la création de moments de découverte qui vont capter leur attention et leur permettre de se projeter dans le texte, parfois même avant même d’en explorer les subtilités.
Une fois qu’ils auront établi une connexion avec le texte, ils seront plus enclins à se lancer dans l’analyse plus détaillée de l'œuvre sur laquelle nous souhaitons les faire réfléchir ! Voici donc 7 idées et activités à mettre en place au collège ou au lycée en cours de français.
Activité n°1 - Le jeu du portrait chinois
La première fois que j’ai testé cette activité, ce fut en totale improvisation : il me restait une dizaine de minutes avant la fin du cours, et je n’avais pas prévu les photocopies pour la séance suivante.
Vous connaissez, ces moments où le cerveau tourne à toute vitesse pour trouver une idée qui puisse faire tilt et empêcher un moment de vide propice à un joyeux bazar ? Nous travaillions sur L’île au trésor : j’ai alors demandé à mes élèves de faire le portrait chinois du texte que nous venions d’étudier : gros succès !
Le jeu du portrait chinois est une activité ludique qui stimule l'imagination des élèves tout en les incitant à justifier leurs choix. Cette démarche leur permet de développer une réflexion personnelle et critique autour d’un texte, en le rapprochant d’éléments symboliques ou métaphoriques.
L’intérêt de cette activité réside dans sa simplicité et son accessibilité : les élèves connaissent souvent déjà ce jeu.
action !
- Présentez l'activité : associer le texte à des éléments symboliques (un animal, une couleur, une saison, etc.).
- Encouragez les élèves à puiser dans leurs ressentis, les thèmes ou les images du texte pour argumenter.
- Insistez sur l'importance de la justification : chaque choix doit être expliqué à partir d’indices ou de sensations tirés du texte.
- On peut par exemple proposer : si ce texte était un animal, lequel serait-il et pourquoi ? Si ce texte était une couleur, laquelle choisiriez-vous ? Si ce texte était une saison, laquelle conviendrait le mieux ?
- Invitez les élèves à formuler leurs propres propositions. Ils peuvent suggérer des catégories inédites, comme : si ce texte était une partie du corps… Si ce texte était une carte à jouer… Si ce texte était une mélodie ou une chanson, etc.
- Après avoir collecté les réponses, organisez un moment d’échange, où chacun peut présenter ses choix et écouter ceux des autres. Discutez avec eux des justifications pour approfondir la compréhension collective du texte. Certaines réponses révèlent des interprétations inattendues ou originales !
Idée n°2 - L'approche créative
Si je m’écoutais, je passerais une bonne partie de mes cours à faire dessiner et bricoler mes élèves ! J’essaie de rester raisonnable, mais de temps à autre, je leur demande de jouer du pinceau, de la colle et de leur imagination pour faire vibrer leur fibre artistique.
Souvent je joue avec eux, comme pour l’autoportrait de Michel Leiris, et c’est l’occasion pour eux de constater (à mes dépens) que la qualité du trait n’est pas indispensable …
S'appuyer sur la fibre artistique des élèves permet d'enrichir la découverte d’un texte de façon ludique et stimulante. Ces activités créatives leur permettent ainsi de restituer leur compréhension des textes de façon active, en mobilisant des compétences autres que celles de lecteur, s'appropriant ainsi les œuvres de manière personnelle.
On pourra faire les propositions suivantes :
- dessiner l'illustration qui pourrait figurer à côté du texte étudié dans un manuel et justifier ses choix (couleurs, formes, lignes) ;
- écrire la suite du texte, en respectant le cadre spatio-temporel et l'intrigue de départ ;
- réécrire le texte du point de vue d'un autre personnage, en réfléchissant à l'impact d'une autre voix narrative et aux enjeux du texte ;
- créer la carte d'identité du personnage principal ou détailler le contenu de sa valise et justifier ses choix en s'appuyant sur le texte ;
- créer une affiche de film pour présenter l'extrait, en synthétisant les idées fortes du texte à travers des éléments visuels (titre, images, slogan).

Un exemple avec “Le cri de la Mouette” en classe de 3ème
action !
- À partir du prochain texte que vous souhaitez travailler, demandez aux élèves d’identifier les idées fortes, les personnages principaux, et l'ambiance générale. Ils doivent repérer les thèmes et choisir un titre évocateur pour leur affiche.
- Invitez-les à dessiner ou chercher des images (en respectant les droits d'auteur) qui reflètent l’atmosphère du texte. Demandez- leur d’ajouter une description courte et percutante pour captiver l'attention, en lien avec le message ou l'émotion clé de l'extrait.
- Faites-les travailler sur la mise en page de l’affiche, notamment sur l’organisation des éléments (titre, images, slogan) pour qu’ils soient bien visibles et harmonieux. Encouragez l'utilisation de couleurs, de typographies variées et d'un style cohérent pour rendre l’affiche accrocheuse et pertinente.
Activité n°3 - Le jeu des hypothèses
J’aime que la première séance des séquences abordées soit un moment d’échange qui va piquer la curiosité de mes élèves. Car avouons-le : si j’annonce "Mes chers enfants, nous allons aujourd’hui commencer l’étude d’une nouvelle de Maupassant, auteur réaliste du XIXème siècle" … je risque de faire face à des bâillements ou des soupirs.
Alors que, vous en conviendrez, les textes de ce cher Guy méritent un enthousiasme débordant ! Aussi, plus l'œuvre étudiée est ardue, plus je soigne l’entrée en matière. Proposer de réfléchir au titre et aux mises en images est une valeur sûre à laquelle je fais souvent appel.
Cette activité incite les élèves à construire du sens en s'appuyant sur les indices présents dans les éléments qui leur sont proposés. Elle les encourage à adopter une attitude d'observation fine, à analyser les supports, et à élaborer une interprétation personnelle. Par ce biais, ils apprennent à mobiliser leur esprit critique et à formuler des hypothèses sur le contenu, les intentions ou les thématiques d'une œuvre.
Les supports à utiliser pour l'activité autour de la lecture
- Les couvertures d’un livre. Les élèves peuvent comparer plusieurs versions pour en déduire des informations sur l’époque, le genre ou le ton de l’œuvre. Quels éléments graphiques ou textuels attirent l’attention ? Quelles hypothèses ces choix visuels suggèrent-ils sur le contenu du livre ?
- Les affiches de mise en scène. Dans le cas d’une œuvre théâtrale ou de l'adaptation scénique d'un roman, observer différentes affiches permet d’envisager les variations d’interprétation possibles. Les élèves peuvent réfléchir à la manière dont les couleurs, les images ou les slogans traduisent une vision spécifique de l’œuvre.
- Le titre. Que suggère-t-il ? Quelles associations d’idées provoque-t-il ? Les élèves peuvent imaginer les thématiques ou les enjeux principaux du texte à partir de ce simple indice.


Un exemple de travail sur les hypothèses de lecture à partir du titre, d’une couverture et d’une affiche d’une adaptation théâtrale de “La plus précieuse des marchandises”
action !
- Préparez un diaporama présentant le titre, et plusieurs couvertures de livres concernant l'œuvre étudiée, et créez une fiche élève reprenant ces éléments.
- Demandez aux élèves de remplir la fiche en suivant les idées, émotions, et réflexions suscitées par les supports présentés.
- Faites un temps d’échange, pour que les élèves confrontent leurs hypothèses.
- Pour conclure l’activité de manière créative et ancrée dans leur réflexion, proposez aux élèves de rédiger une quatrième de couverture à partir des hypothèses qu’ils ont formulées.
Actvité n°4 - Le jeu du bingo
Je ne suis pas très friande des jeux de société… c’est pourquoi les jeux que je propose à mes élèves sont très simples à comprendre et faciles à préparer. Et règle ô combien importante : ils ne doivent pas être lassants (j’ai testé une seule fois un jeu de sept familles des classes grammaticales : plus jamais !).
J’ai créé quelques jeux de bingo autocorrectifs sur les figures de style et les fonctions, qui ont eu un joli succès. J’ai repris l’idée de collègues qui proposaient ce support pour favoriser la première approche d’un texte. Les élèves doivent repérer dans un texte des éléments correspondant à des critères précis indiqués sur une grille.

Un exemple de planche de bingo sur “Le cri de la mouette”
action !
- Avant la séance, créez une grille avec des cases contenant différents éléments à repérer dans le texte.
- Par exemple : une figure de style, un adjectif décrivant un personnage principal, un champ lexical lié à une émotion (joie, peur, tristesse...), une information sur le cadre spatio-temporel, un passage révélant les intentions de l’auteur.
- La grille est adaptée au niveau des élèves et au texte étudié. On peut également distribuer des grilles différentes selon les axes ou les points de langue étudiés.
- Les élèves lisent le texte individuellement ou en groupes et cherchent les éléments correspondant au contenu des cases de la grille.
- Chaque fois qu’ils trouvent un élément, ils notent sa localisation dans le texte et justifient leur choix.
- Parallèlement, ils cochent les cases de leurs grilles quand ils ont trouvé ce qui leur est demandé.
- Une fois la grille remplie (ou lorsqu’un élève déclare "bingo"), mettre en commun pour vérifier les réponses.
- Variante : on peut évidemment demander aux élèves de créer en groupes leurs propres grilles à destination de leurs camarades ! Il est également possible de réaliser un travail similaire avec des mots croisés.
Activité n°5 - Le puzzle de texte
Les élèves adorent relever des challenges, et j’aime de temps en temps leur proposer des petits casse-têtes littéraires. C’est en me heurtant à une certaine hostilité lors d’une séance sur le texte argumentatif que j’ai décidé de proposer un jeu de puzzle.
Nul besoin d’écrire : il suffisait, en observant les connecteurs logiques et la structure des idées, de remettre le texte proposé dans l’ordre.
Je ne me suis pas contentée de demander aux élèves de remettre les numéros des textes dans l’ordre : j’ai découpé le texte, que les élèves ont dû manipuler pour qu’il retrouve sa forme première. Ils ont été très actifs, et depuis, je propose régulièrement cette activité.
action !
- Photocopiez un texte et découpez-le en paragraphes ou parties. Chaque segment doit contenir un morceau autonome, mais suffisamment relié aux autres pour permettre une reconstitution cohérente.
- Les élèves sont ensuite invités à remettre ces éléments dans l’ordre logique en justifiant leurs choix. Ils peuvent travailler seuls, en binômes ou en petits groupes pour favoriser les échanges et la confrontation d’idées. Une fois encore, on insiste sur l’importance de la justification : chaque décision doit être argumentée.
- Une fois les textes reconstitués, on organise une mise en commun : les groupes comparent leurs solutions et discutent des choix qu’ils ont faits. Pour les textes longs, une variante consiste à distribuer une partie du texte à chaque groupe qui en fait un résumé : l'étape de la remise en ordre se fait ensuite de façon collective.
À lire aussi : motiver ses élèves avec des leçons à manipuler en secondaire
Activité n°6 - La boîte mystère
J’ai la chance d’avoir ma salle depuis plusieurs années, et je mets un point d’honneur à en décorer certains endroits en fonction des séquences en cours. Ainsi, cette année, le fil rouge concernant le niveau 5ème étant l’univers d’Alice au pays des merveilles. J’ai semé ici et là quelques clés, des cartes et même un grand chapeau noir savamment décoré !
Une idée en entraînant une autre, j’ai eu envie de proposer, à certains moments de l’année, une cloche cachant des indices plus ou moins subtiles sur le chapitre en cours. Pour les périodes où j’ai moins de temps pour créer quelque chose d’esthétique, j’ai repris l’idée de la boîte mystère, proposée par des collègues.
Cette activité consiste à présenter aux élèves une boîte contenant des objets symboliques ou évocateurs liés au texte à étudier. Ces objets servent d’indices pour amener les élèves à réfléchir sur le contenu, les thématiques, ou les enjeux de l’œuvre. Cette activité ludique stimule leur curiosité et les engage dans une démarche active d’interprétation.

Des exemples de créations autour d'un univers décoratif et littéraire
action !
- Constituez le contenu de la boîte en faisant appel aux différents sens, et choisissez des objets qui évoquent les éléments clés de l'œuvre. Par exemple, pour un roman d’aventure, une boussole, une carte, un coquillage. Pour un poème d’amour, une plume, une rose fanée, un bijou. Pour un récit merveilleux, un miroir, une clé, un sablier. Si l’utilisation d’objets n’est pas possible, vous pouvez les remplacer par des citations, des images ou des mots-clés placés dans une enveloppe.
- Présentez la boîte mystère aux élèves en expliquant l’objectif de l’activité, à savoir formuler des hypothèses sur l'œuvre qui sera étudiée. Vous rappellerez qu'il n'y a pas de mauvaise réponse : toutes les idées sont valables à condition d'être argumentées. Les objets sont montrés un par un à la classe, et on laisse les élèves les manipuler, les observer, et en discuter. Des questions leur sont posées pour aiguiller leur réflexion.
- Vient ensuite l'étape de formulation des hypothèses sur le contenu du texte, seuls ou en groupes. Cette activité crée un effet de surprise et une certaine motivation pour découvrir le texte.
- Variante de l’activité : une boîte collaborative. On peut proposer aux élèves, après avoir lu un extrait ou une œuvre intégrale, d’apporter des objets (ou des photos d’objets) qu’ils associent à cette œuvre. Ils pourront alors construire leur propre boîte mystère et justifier leurs choix. Ce qui donne pour Antigone, par exemple, une boîte contenant une petite pelle de plage, une ceinture, la reine d'un jeu d'échecs, une couronne de fleurs, une corde, etc.
Activité n°7 - Le jeu Qui veut gagner des millions ?
Vous l’aurez sûrement remarqué : les élèves aiment les références au quotidien, surtout quand elles sont éloignées du monde de l’enseignement. J’ai pu ainsi tester un Koh Lanta sur l’accord du participe passé, qui avait rendu l’application de la leçon moins douloureuse que prévu !
Cette fois, je vous propose de faire appel à une autre émission qui met en jeu l'esprit de compétition de nos élèves, évidemment dans un esprit bon enfant. Il s’agit d’un travail collaboratif où chaque groupe d’élèves devra préparer des questions et jouer les animateurs pour tester les groupes concurrents.

Un exemple de jeu autour de la lecture à organiser en cours de français
action !
- Chaque groupe transcrit ses questions et réponses sous forme écrite sur une feuille, un tableau ou une présentation numérique.
- Cinq à dix questions basées sur le texte sont rédigées.
- Pour chaque question, quatre propositions de réponse (A, B, C, D) sont données, dont une seule est correcte.
- Le niveau de difficulté des questions ira crescendo, d'abord pour tester la compréhension globale, puis pour explorer des détails, des analyses ou des interprétations du texte.
- On fait le quiz en classe : un groupe à la fois est désigné pour poser ses questions aux autres élèves, qui devront y répondre en choisissant la bonne option parmi les quatre proposées. Chaque bonne réponse rapporte un point au groupe qui a correctement répondu à la question. On peut prévoir de faire un classement pour rendre la session encore plus engageante.
- Après chaque question, on échange brièvement à propos de la réponse correcte. On encourage les élèves à expliquer pourquoi certaines propositions étaient incorrectes. Cela permet d’approfondir leur analyse du texte.
- Comme dans l’émission, on pourra introduire des jokers. Par exemple, les élèves peuvent demander à un autre groupe de l'aide (joker "appel à un ami") ou éliminer deux mauvaises réponses (joker "50/50"). Cela crée une dynamique interactive et amusante.
Bien entendu, ces activités ne remplacent en aucun cas une analyse rigoureuse des textes littéraires. L’objectif reste de guider les élèves vers une compréhension approfondie des œuvres étudiées, en abordant leurs structures, leurs thèmes, leur style, et les intentions de leurs auteurs.
Ces activités servent un but complémentaire et essentiel : elles permettent de créer un premier contact engageant avec le texte, en éveillant la curiosité et en stimulant l’envie d’en savoir plus.
Comme une entrée en matière, une sorte d’apéritif littéraire, elles préparent les élèves à se plonger dans l’analyse en leur offrant une mise en bouche agréable et stimulante. Ce n’est pas seulement une manière d’alléger l’approche initiale du texte, mais aussi une façon de réhabiliter le plaisir de la lecture, qui peut parfois être altéré par des approches trop académiques ou normatives.
Elles permettent également de montrer que la lecture, avant d’être un exercice intellectuel, est avant tout une expérience personnelle et émotionnelle.
Amandine Micault, professeure de français depuis 2002, autrice du blog La Légèreté des Lettres et du compte Instagram La Légèreté des Lettres
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