Votre directeur vient de vous dire ce matin qu’un nouvel élève allait venir dans votre classe aujourd’hui. Il fait partie de la communauté des gens du voyage. Vous vous dites : "je ne connais pas cet élève, ni son niveau, comment je vais pouvoir l’intégrer à la classe en plein milieu de l’année ? A-t-il déjà été à l’école ? sait-il lire ?"
Ces élèves à besoins éducatifs particuliers sont peu ou mal connus du corps enseignant. Cet article tentera de vous donner des informations sur leur profil, des conseils pour vous accompagner au mieux dans leur accueil et des ressources pour vous aider dans leur suivi.
La première fois que j’ai accueilli un Efiv (enfant issu des familles itinérantes et de voyage), je l’ai d’abord évalué pour connaître ses compétences. Il avait 7 ans et ne savait pas écrire son prénom. J’ai été sidérée, dans un premier temps : comment un enfant peut-il être autant éloigné de l’école ? Puis, j’ai voulu en apprendre davantage sur lui afin de l’accompagner au mieux dans sa scolarité.
Aujourd’hui, 3 ans après cette première rencontre, cet élève est en inclusion totale dans sa classe et entrera au collège l’année prochaine.
Étape 1 - S’informer pour mieux connaître les Efiv
Chaque région a sa terminologie. Tour à tour appelés "gens du voyage", "voyageurs", "itinérants", "tsiganes" ou encore "manouches". Tous ces termes employés comme synonymes renvoient, en réalité, à des concepts bien distincts, tels que le statut juridique, la mobilité ou les marqueurs identitaires.
Certaines familles logent de façon durable dans une caravane, mais ne sont pas pour autant itinérantes. Elles peuvent alors mener une vie sédentaire dans les faits, tout en ayant le statut de gens du voyage. D’autres peuvent, en revanche, être propriétaires d’une maison et avoir donc un domicile fixe, tout en circulant dans une caravane toute ou partie de l’année. Elles sont alors itinérantes de fait, tout en ne relevant pas du statut de gens du voyage.
Ainsi, de nombreux Français continuent à vivre en caravane en situation d’itinérance ou pas, certains se percevant comme voyageurs et d’autres comme sédentaires. Le terme "voyageur" est souvent employé, à tort, comme synonyme de gens du voyage. Il relève d’une identité à la fois profonde et diffuse de personnes dont l’histoire familiale a été marquée par une longue période d’itinérance.
Certains métiers, tels que celui de circassien ou de forain, sont transmis de génération en génération et peuvent être également ressentis comme un marqueur identitaire fort. L’appartenance à un mouvement religieux, en particulier à la mouvance évangélique, est aussi vécue par certaines personnes comme faisant partie de leur identité.
l'essentiel
Du point de vue du système scolaire, les Efiv sont soumis à l’obligation scolaire de 3 à 16 ans et relèvent du droit commun (circulaire de 2012). Cependant, ils peuvent être considérés, pour certains, comme des EBEP (élèves à besoins éducatifs particuliers) et donc bénéficier d’aides spécifiques comme les Unités pédagogiques spécifiques (UPS).
Ils peuvent avoir des profils divers et variés : ils ont un rapport discontinu à l’école, ils sont souvent peu scolarisés en maternelle et au collège. Ils sont régulièrement absents (même lorsqu’ils sont sédentarisés). Les enjeux de l’école leurs sont inconnus, leur inclusion reste problématique pour eux comme pour nous, car ils se sentent peu concernés, peu investis dans leur scolarité.
En savoir plus sur Gens du voyage: s’informer pour mieux comprendre, réalisé par l’ADAPGV 86.
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J’accueille un Efiv prochainement, que faire le premier jour ?
- S’assurer que la famille a bien inscrit l’élève auprès de la mairie et que vous êtes bien l’école de secteur de l’aire d’accueil.
- Demander si l’enfant est en possession d’un livret scolaire.
- Contacter le Casnav (Centre académique pour la scolarisation des élèves allophones nouvellement arrivés et les enfants du voyage) de votre département. Il vous donnera quelques repères pour les premiers jours d’accueil et des ressources éventuelles.
- Contacter l’enseignant UPS/UPE2A en charge des Efiv, pour qu’il vous donne des conseils. S’il ne peut pas intervenir auprès d’eux, il vous accompagnera dans leur prise en charge.
Étape n°2 - Évaluer l'élève pour adapter les apprentissages
Les Efiv peuvent avoir des profils divers et variés en fonction de leur parcours scolaire ou non. Ont-ils été scolarisés en maternelle ? Ont-ils bénéficié du Cned ? Ont-ils fréquenté beaucoup d’écoles ? Ces écoles sont-elles les mêmes chaque année ? Savent-ils lire ? Écrire ? Compter ? Toutes ces questions doivent trouver des réponses afin de mieux accueillir ces élèves.
Une cellule d'accueil peut être organisée avec la famille pour connaître le parcours scolaire de l’élève. Ce peut-être aussi l’occasion de les rassurer quant à la scolarisation de leur enfant. En effet, le rapport à l’école de certaines familles est complexe. Certaines n’ont pas ou peu eu d’instructions Attention donc aux nombreux papiers administratifs à remplir et signer. Certaines familles sont illettrées.
L’évaluation de positionnement est un incontournable pour déterminer les connaissances de l’élève ainsi que ses besoins: Le Casnav de Toulouse a élaboré une évaluation pour les EFIV pour le cycle 3 et 4 : le livret élève et livret enseignant. Pour les non lecteurs, le Casnav de Lille a rédigé des évaluations non-verbales en mathématiques.
Suite à ces évaluations, un profil d’élève va se dégager et des objectifs pédagogiques spécifiques et prioritaires vont se dessiner. Vous pourrez ensuite élaborer son projet individualisé (sorte de PPRE pour EFIV).
l'essentiel
Ce tableau de profils à télécharger, élaboré par le Casnav de Toulouse, sert à déterminer les compétences à travailler en priorité pour les élèves peu ou pas scolarisés et en grand décalage scolaire. Il ne tient pas compte des compétences évaluées en mathématiques.
Attention : ne pas oublier d’évaluer le langage oral et vérifier leur bonne compréhension. Pour cela, vous pouvez leur poser quelques questions sur eux, leur goût, avec l’aide de flashcards (animaux, couleurs, verbes d’actions). Vous pouvez aussi vérifier leur bagage lexical.
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- Si vous n’avez pas d’enseignant UPS dans votre secteur, prenez un temps avec l’élève pour lui faire passer une évaluation de positionnement.
- Élaborez son profil pour déterminer les axes prioritaires à travailler et les activités différenciées à prévoir dans la classe.
- Une fois le profil déterminé et les axes de travail posés, vous pourrez programmer un certain nombre d'activités pour l'élève chaque semaine, avec des objectifs simples puis de plus en plus complexes.
- Proposer un plan de travail chaque semaine peut être une bonne idée !
Étape n°3 - Se parer d'outils indispensables
L’objectif principal se situe dans les apprentissages fondamentaux : lire, écrire et compter. Il s’agit, bien entendu, d'encourager, valoriser, motiver la curiosité des élèves (comme pour tous d’ailleurs).
Donner un classeur, ou un cahier du jour dans lequel l’élève pourra ranger son travail en classe et/ou dans le dispositif spécifique (s’il en existe un) et qu’il pourra ramener chez lui lors de son départ.
Quelques sites et ressources par compétences :
Lire et comprendre
L’acculturation à l’écrit
Les Efiv n’ont peu ou pas de rapport à l’écrit. Ils n’ont souvent pas de livres chez eux. L’objectif de l’école est de les familiariser à tout type d’écrits : albums de littérature de jeunesse, documents authentiques (des affiches de cinéma, des prospectus de magasins, etc.), des recettes, des documentaires etc.
Lire pour comprendre
La méthode Narramus de Retz travaille sur les représentations mentales qu’un enfant peut se faire d’une histoire avant d’en avoir vu une seule image. Cet inversement de l’ordre classique de la lecture permet de travailler la compréhension des enfants en développant leurs compétences inférentielles. Les enfants découvrent en effet qu’une partie des choses sont à deviner, que tout n’est pas dit.
Narramus propose aussi un enseignement spécifique et approfondi du lexique et de la syntaxe à l’aide de certains outils originaux, comme le mime du vocabulaire par exemple. Finalement, les enfants sont invités à jouer l’histoire pour vérifier leur compréhension et prendre eux-mêmes conscience de leurs acquis.

Photos d’un projet autour de l’album Le noël de petit hérisson. Après plusieurs lectures et étude de l’album, des petites saynètes du livre ont été réalisées par les élèves qui ont joué à tour de rôle les personnages de l’histoire.
Lire pour s’informer
Un projet autour du documentaire L'ours chez Pilotis. Les textes documentaires sur les animaux sont très appréciés des élèves. Ce sera l’occasion d’aborder des thématiques interdisciplinaires comme les saisons, les régimes alimentaires, l’environnement, etc. Après le travail autour du documentaire de l’Ours avec mes Efiv, nous avons réalisé des affiches sur l’album (voir photo).

Écrire
- Beaucoup d’Efiv n’ont pas fait de maternelle et ne sont donc pas passés par la case graphisme, très importante pour la préparation à l’écriture. Le graphisme reste une étape à ne pas négliger donc ! Vous pouvez travailler cette compétence avec des élèves de cycle 2 et 3 en vous appuyant sur la méthode de Danièle Dumont.
- Le travail autour du repérage du lignage est également important. Le lignage terre, herbe, ciel (ici de l'enseignante blogueuse, Filaphinou va à l’école) fonctionne très bien et permet à l’élève une meilleure tenue de la ligne avant de passer à l’écriture sur des lignes Seyes des cahiers traditionnels.
Compter
- Calcul@tice propose des exercices de maths (calcul) en accès libre. Niveau au choix, programmable par élève, trace du travail de l’élève. Possibilité de s’inscrire pour participer à la rencontre même à distance (idéal pour un élève voyageur).
- Petits fichiers de la collection Jocatop créés par notre Bout de Gomme.
- Coccinelle, une banque de ressources en numérations et calculs.
Une autre ressource complète
- La mallette pédagogique conçue dans le cadre d'un Ared (Atelier de recherche en vue de diffusion) mené par le Casnav de Toulouse.
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Quelques pistes d’activités à mettre en place en classe :
- L’importance des rituels : se repérer dans le temps (prendre photo dans la classe, poutre du temps et de la journée).
- Les outils de l’élève : plan de travail, sous-main, délestage.
- Utiliser le numérique : des sites toutes disciplines : Educajou (élaboré par Arnaud Champollion, enseignant référent au numérique), L’école du Dirlo, Logiciel éducatif.
Étape n°4 - Favoriser la communication avec les familles
La scolarisation n’est pas une priorité pour les familles d'élèves du voyage, mais passe après les priorités vitales, la connaissance d’un nouvel environnement, la situation économique et les évènements familiaux. L’école est donc souvent vécue comme une contrainte.
L’organisation imposée par l’école, qu’elle soit journalière et hebdomadaire, la ponctualité, sont des régularités qui sont contradictoires avec les rythmes habituels. La communication est souvent difficile, empreinte de méfiance, entre l’école et les familles. Cela ne facilite pas, également, l’adhésion au projet de scolarisation.
des ressources pour aller plus loin
Il s’agit d’établir un lien de confiance réciproque école-famille s’inscrivant dans la durée, tout au long de la scolarité de l’élève.Cela prend du temps, et le facteur temps, malheureusement n’est pas toujours compatible avec le mode de vie de ces familles.
Il est, pour cela, préférable de connaître à l’avance la durée de scolarisation de l’élève dans votre école afin de mener des projets à court ou moyen terme. Il est aussi important d’expliquer aux familles que l’apprentissage de la lecture se fait dans la durée et qu’en fonction de leur itinérance, il faudra parfois plusieurs années scolaires pour que leur enfant devienne un lecteur autonome.
La communication orale doit être privilégiée, mais cela n’est pas toujours facile car les familles ne viennent pas toujours jusqu’au portail de l’école, elles restent en retrait. Vous n’avez vous-mêmes pas toujours le temps. Si des informations écrites doivent être collées dans les cahiers de liaison, privilégiez des mots simples avec des images afin de faciliter la compréhension de tous.
Le Casnav de Clermont-Ferrand a travaillé sur ces mots-types à transmettre aux familles dans ces situations avec un livret avec images pour les parents des Eana de primaire.
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À l’arrivée de l’élève :
- Prendre le temps de discuter avec la famille. Faites attention de ne pas les submerger de paperasse administrative dès le début, cela pourrait les décourager (parfois, certaines familles sont illettrées).
- Demandez si leur enfant a déjà été scolarisé (si non, ne pas culpabiliser les parents), à quelle fréquence et dans quelle école.
- Faites visiter l’école avec l’enfant, ne négligez pas la cantine qui peut être un moment vécu comme source d’angoisse pour les enfants et les familles.
- Donnez les horaires de l’école et les éventuelles dates de sorties scolaires dans la période à venir (piscine, rencontres Usep).
Un enfant issu des familles itinérantes et de voyage peut faire partie de ces élèves à BEP lorsqu’il présente un désavantage social durable. Il s’agit alors de mieux les connaître afin de mieux cerner dans quel champ de besoins il se situe (souvent champ culturel et/ou cognitif).
Ce rapport discontinu à l’école, qu’ont ces élèves, n’est pas une fatalité. Il s’agit pour nous de mieux l’appréhender afin de mieux accompagner ces élèves au sein de l'école.
Marion Paitrault, professeure des écoles depuis 2016 et professeure itinérante auprès des élèves allophones nouvellement arrivés (EANA) et des enfants du voyage (EFIV) depuis 2021
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Fiche outilCycle 1 à Lycée
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